1, place FerrariRue du NordRue de l'OuestRue Taboise, Clamart
L'édification d'un hospice, voué au recueillement et aux soins des âmes et des corps, n'interdit point la grandeur d'un geste architectural, ainsi que le démontre l'Hospice Ferrari à Clamart. Issu de la munificence éclairée de la duchesse de Galliera en 1878, cet ensemble colossal est l'œuvre de Léon Ginain, architecte académique par excellence, Grand Prix de Rome, dont la maîtrise du classicisme se manifeste par une composition d'une robustesse mesurée, plus préoccupée de dignité que d'éclat novateur. Ce n'est pas l'audace que l'on recherche ici, mais la permanence des formes. Le plan, d'une ampleur caractéristique des institutions du XIXe siècle, déploie trois ailes en fer à cheval qui enserrent avec une forme de protection un vaste parc, configurant ainsi une dialectique subtile entre l'isolement recherché pour ses pensionnaires et l'ouverture sur un écrin de verdure. À cette enceinte s'ajoute une série de bâtiments qui encadrent une cour carrée, menant au corps de logis principal. Cette organisation spatiale crée une succession de pleins et de vides, de parcours intériorisés et d'ouvertures contrôlées, orchestrant la vie collective et individuelle des résidents. Au cœur de ce dispositif institutionnel, la chapelle s'érige, un axe spirituel d'une facture néo-classique ou néo-romane dépouillée. Sa nef unique, divisée en trois travées, est baignée d'une lumière sereine filtrant par six hautes fenêtres cintrées, avant de s'achever sur une abside semi-circulaire. Un détail notoire réside dans la traversée du clocher élancé, un passage littéral qui relie l'édifice au jardin, une singularité qui rompt la masse et offre une transition symbolique vers l'espace extérieur. L'œuvre de Ginain, bien que peu prompte aux effusions stylistiques, est ici une démonstration de l'art de bâtir pour l'utilité publique avec une noblesse de ligne. L'emploi supposé de la pierre de taille, matériau de prédilection de l'époque pour les édifices pérennes, confère à l'ensemble une gravité et une solidité inaltérables. L'évolution des fonctions, de l'hospice originel à la gestion par l'Ordre souverain de Malte, puis l'intégration d'une médiathèque dans l'ancienne laverie, témoigne d'une capacité d'adaptation sans dénaturer la structure fondatrice. Son inscription répétée aux Monuments Historiques depuis 1983 n'est pas seulement une reconnaissance patrimoniale, mais la juste appréciation d'un témoignage de la philanthropie ostentatoire du Second Empire et de la Troisième République, où la charité se matérialisait dans des architectures destinées à l'éternité.