1 bis rue de Périgord, Toulouse
L'édifice de la bibliothèque d'étude et du patrimoine de Toulouse, érigé au cœur d'une décennie de crise économique, se dresse comme un manifeste architectural de la volonté municipale de son époque. Inauguré en 1935, ce monument ne fut pas simplement une réponse fonctionnelle à l'exiguïté des précédents locaux – jugés par François Galabert, bibliothécaire en chef, comme les plus mal logés de France – mais bien l'affirmation d'une ambition délibérée de créer un véritable palais dédié aux livres et aux travailleurs. Sous l'impulsion du maire Étienne Billières, qui lança un vaste programme d'équipements publics, la bibliothèque se voulait la pièce maîtresse d'une politique éducative audacieuse, visant l'unification de la lecture publique. Jean Montariol, architecte en chef de la ville, signe ici ce qui est considéré comme son œuvre majeure. S'inspirant des modèles français, notamment la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Labrouste et, plus directement, la Bibliothèque Carnegie de Reims, que les autorités toulousaines visitèrent, le projet adopte résolument le style Art Déco. On y discerne la prédominance de lignes géométriques épurées, de verticales et d'horizontales franches, d'angles droits affirmés et de corniches saillantes. Les motifs octogonaux des fenêtres de la façade principale en sont des marqueurs distinctifs, affirmant une modernité en rupture avec les sinuosités de l'Art Nouveau. L'architecture de la bibliothèque incarne une confrontation féconde entre modernité structurelle et tradition ornementale. L'emploi du béton armé, les toitures terrasses et l'organisation fonctionnelle des espaces, séparant rigoureusement les services internes, les zones publiques et les magasins de conservation, attestent d'une vision résolument avant-gardiste. Les magasins, conçus pour maximiser le stockage sur six niveaux avec des matériaux plus modestes, révèlent une rationalité pragmatique. Cependant, cette modernité se voit tempérée par un luxe décoratif qui fut l'objet d'une vive polémique. Pol Neveux, inspecteur général des bibliothèques, railla l'édifice, le comparant à un casino orné de « pâtisseries » coûteuses et superflues. Montariol, lui, défendit sa vision d'une fusion des arts, insérant sculptures, ferronneries, peintures et vitraux, tous confiés à des artistes méridionaux, répondant ainsi à une volonté municipale de soutien à l'économie locale en temps de crise. À l'extérieur, la porte monumentale en bronze, conçue par Montariol et réalisée par Raymond Subes, célèbre l'histoire de l'imprimerie avec ses médaillons représentant des figures comme Gutenberg et Plantin. La frise sculptée de Sylvestre Clerc, s'étirant sur soixante mètres, dépeint l'émancipation de l'esprit humain à travers les âges, mêlant thèmes universels et spécificités régionales. Les fontaines d'Henry Parayre, avec leurs allégories de la Littérature Jeune et Classique, signalent une rupture stylistique avec les écoles précédentes. À l'intérieur, le hall d'entrée déploie une mosaïque polychrome, conduisant à la majestueuse salle de lecture. Cet espace, unifié par la prouesse du béton armé qui supprime toute colonne, est baigné de lumière naturelle, filtrée par une coupole ornée de pavés de verre. La fresque de Marc Saint-Saëns, Le Parnasse occitan, une œuvre de jeunesse qui lança sa carrière, ancre le lieu dans un panthéon de poésie et d'érudition régionale, célébrant les troubadours sous le regard d'Apollon. Les magasins de livres, un élément architectural audacieux avec leur structure métallique autoportante, furent un défi technique pour l'époque, conçu pour la rapidité d'acheminement des volumes. La bibliothèque, inscrite aux monuments historiques, a bénéficié d'une rénovation significative au début des années 2000, actualisant ses équipements tout en préservant son caractère historique. Elle demeure aujourd'hui un témoignage éloquent de l'ambition sociale et culturelle d'une municipalité, fusionnant le grandiose et le fonctionnel dans un écrin qui, malgré les critiques de son temps, a su s'imposer comme un élément distinctif du patrimoine toulousain, un véritable temple du savoir ancré dans son territoire.