35 rue de Marseille, 7e arrondissement, Lyon
Au cœur de Lyon, dans le septième arrondissement, s'élève un édifice de béton armé, le Garage Citroën, qui par sa seule matérialité et son envergure, offre un témoignage éloquent de l'architecture fonctionnaliste de l'entre-deux-guerres. Construit entre 1930 et 1932, sous la houlette de Maurice-Jacques Ravazé, alors architecte en chef de la société Citroën, ce bâtiment de 130 mètres de long et 52 mètres de large n'était pas qu'un simple lieu de mécanique ; il incarnait une vision de la modernité industrielle. Sa structure audacieuse, conçue pour abriter un millier de véhicules et revendiquer à son ouverture le titre de plus grande station-service du monde, est une ode à la circulation et à l'efficacité. Le plan en longueur, sur six niveaux, est une expression purement fonctionnelle, où le béton armé, matériau alors en pleine ascendance, permettait des portées importantes et une grande flexibilité spatiale. La contribution de Jean Prouvé, dont l'œil averti pour le détail métallique se retrouve dans la verrière, les balustrades et les cabines d'ascenseur, confère à l'ensemble une élégance industrielle certaine, preuve que l'utile pouvait côtoyer une certaine forme de beauté structurelle. Cet édifice lyonnais, unique rescapé d'une série d'une vingtaine de constructions similaires érigées par Citroën en France, est une relique précieuse d'une époque où l'automobile dictait ses propres règles architecturales. L'inscription aux monuments historiques en 1992, bien que contestée par Citroën à l'époque — l'ironie voulant que les bâtisseurs finissent par redouter la contrainte patrimoniale —, a fort heureusement assuré sa pérennité. Les rénovations successives, notamment celle de 2013-2015, ont su préserver l'essence du lieu. Le grand hall, avec ses plus de quinze mètres de hauteur sous plafond, a retrouvé de sa superbe Art déco, tandis que les éléments signés Prouvé ont été restaurés ou recréés à l'identique. Les rampes d'origine, qui permettaient aux véhicules d'accéder à tous les étages, demeurent un trait caractéristique, transformant l'édifice en une sorte de ruban ascendant. Si aujourd'hui une partie du bâtiment accueille des bureaux, aux côtés du concessionnaire originel, il n'en reste pas moins un exemple magistral de l'adaptation d'une architecture industrielle à la vie contemporaine, un dialogue entre le passé fonctionnel et les exigences actuelles, témoin silencieux des évolutions urbaines et techniques du dernier siècle.