7 rue du Regard 70 boulevard Raspail, Paris 6e
L'Hôtel de Beaune, à l'instar de son voisin le Rothembourg, illustre avant tout une typologie architecturale particulière : celle de l'immeuble de rapport élevé au rang d'hôtel particulier. Édifié vers 1728 par les Carmes, ce n'était point là une lubie d'aristocrate en quête de faste, mais bien une opération immobilière astute, destinée à générer des revenus pour la communauté religieuse. Cette genèse, empreinte de pragmatisme, confère à l'édifice une dignité certaine, dénuée de toute ostentation superflue, caractéristique de l'architecture Régence et du début Louis XV. Sa façade, sagement ordonnancée, présente une composition équilibrée, où la pierre de taille parisienne s'interrompt de percements réguliers, manifestant une adhésion aux canons classiques de l'époque sans verser dans la magnificence grandiloquente. L'économie des moyens ne signifie pas l'indigence du style, mais plutôt une élégance de la retenue, où la justesse des proportions prime sur la surcharge ornementale. Cet anonymat relatif de la création architecturale est fréquent pour ce type de commande où l'efficacité du plan et la robustesse de la construction sont les maîtres-mots. L'hôtel, par sa vocation initiale, témoigne des stratégies financières des ordres monastiques de l'Ancien Régime, habiles à diversifier leurs sources de revenus dans une capitale en pleine expansion. Il est un fragment de cette ville qui se bâtit non seulement par la volonté royale et nobiliaire, mais aussi par les investissements plus modestes, quoique non moins significatifs, de communautés religieuses ou de la haute bourgeoisie. Le temps, cependant, n'a pas épargné sa configuration originelle. Le percement du boulevard Raspail, vers 1908, a irrémédiablement amputé l'hôtel de son jardin, altérant la dialectique entre le bâti et l'espace végétal, entre le privé et le public, qui définissait une partie de son charme et de sa fonctionnalité. Il fut réduit à une façade sur rue, davantage en prise avec le vacarme urbain qu'avec la quiétude d'antan. Ironiquement, cet hôtel, qui n'était qu'une location de prestige, accueillit des locataires illustres. François-René de Chateaubriand y séjourna de 1825 à 1826, trouvant sans doute une forme de discrète villégiature. Le Maréchal Claude-Victor Perrin y élut domicile de 1830 à 1841, conférant à ces murs une patine de gloire militaire pour un lieu somme toute dénué de toute prétention héroïque. L'inscription aux monuments historiques en 1926 ne célèbre donc pas une prouesse architecturale singulière, mais plutôt la représentativité d'un type d'édifice parisien, la permanence d'une esthétique sobre et la solidité d'une conception qui, sans chercher à éblouir, participe avec dignité au tissu urbain de Paris.