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Immeuble 1 rue de la Rôtisserie

Immeuble 1 rue de la Rôtisserie

1 rue de la Rôtisserie, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'immeuble sis aux confluences de la rue de la Rôtisserie et de la rue du Change, à Tours, offre un spécimen assez caractéristique de l'architecture domestique tourangelle du XVe siècle. Cette construction à pans de bois, qui fut classée monument historique en 1916, alors même que le continent s'épuisait dans la grande guerre, témoigne d'une certaine préoccupation précoce pour la sauvegarde du patrimoine vernaculaire. Il s'élève sur un sous-sol, un rez-de-chaussée, deux étages, et se couronne d'un comble, l'ensemble reposant sur la structure élégante et fonctionnelle des colombages. Le plan dénote une organisation pragmatique, avec deux corps de bâtiment habilement réunis par un vestibule, distribuant un unique escalier à vis. Ce dispositif, économe en surface au sol, était courant pour optimiser l'espace dans des parcelles urbaines souvent contraintes. L'œil se porte naturellement sur les détails sculptés, vestiges d'un art populaire qui savait orner l'utile. Le poteau d'angle, au niveau de la rue, arbore un Saint Christophe, protecteur des voyageurs et des pèlerins. Sa présence n'est pas fortuite en ce carrefour, autrefois très fréquenté par ceux qui traversaient la ville. Au premier étage, un cul-de-lampe dévoile une créature fantastique, réminiscence des bestiaires médiévaux qui peuplaient l'imaginaire de l'époque, mêlant le sacré au merveilleux. Il est à noter que les colombages des étages supérieurs et du comble sont aujourd'hui recouverts d'essentes d'ardoise. Cette pratique, courante dans la région pour protéger le bois des intempéries, altère cependant la perception directe de la charpente originelle, lui conférant une parure plus austère, bien que fonctionnelle. La restauration au XXe siècle a sans doute stabilisé l'édifice, mais il est toujours matière à interrogation de savoir ce qui relève de l'authenticité et de l'intervention. L'ensemble, sans être d'une exubérance singulière, participe à l'atmosphère pittoresque du Vieux-Tours, constituant un jalon modeste mais essentiel dans la lecture du tissu urbain médiéval.