33 rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e
L'Hôtel Perrinet de Jars, niché au 33 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, illustre avec une éloquence toute parisienne la sédimentation des époques et des fortunes. Il ne s'agit pas tant d'une œuvre unifiée que d'un palimpseste architectural, dont chaque strate révèle les ambitions et les goûts de ses occupants successifs. Initialement érigé en 1714 par Pierre Grandhomme pour Anne Levieux, l'édifice s'inscrit dans la lignée de ces résidences privées où la bourgeoisie naissante affirmait sa respectabilité par la pierre et le volume. C'est toutefois avec le fermier général Étienne Perrinet de Jars que l'hôtel connut une première mue significative, confiée à Jean-Michel Chevotet. Sous sa direction, l'ordonnance intérieure et la finesse des décors rocaille, alors en vogue, durent sans doute conférer à l'ensemble une élégance propre aux fastes du XVIIIe siècle, avant que les rigueurs de l'Empire ne le voient passer aux mains du duc Decrès, ministre napoléonien, puis, plus prosaïquement, servir de cadre à l'ambassade de Russie durant quelques décennies. Cette phase, si elle ne fut pas marquée par des transformations majeures, témoigne néanmoins de la pérennité statutaire du lieu. Le véritable acte de réinvention, ou du moins de réinterprétation majeure, intervient avec son acquisition en 1856 par le baron Nathaniel de Rothschild. Cet épisode, sans surprise, marque l'apogée d'une certaine grandiloquence bourgeoise et d'un mécénat éclairé, si ce n'est toujours de bon goût. L'architecte Léon Ohnet fut chargé vers 1864 d'une transformation d'ampleur, engageant une reconstruction du corps sur rue et de l'escalier d'honneur, éléments structurants et hautement symboliques de l'hôtel particulier. C'est à ce moment que se produit un geste architectural notable et fort révélateur de l'époque : le remontage minutieux de boiseries issues de l'hôtel de Tourolle, conçues en 1762 par le grand Étienne-Louis Boullée. Cette intégration d'éléments d'une provenance illustre n'est pas qu'un simple remploi ; elle témoigne d'une quête d'authentification historique, d'un désir de concilier la modernité du Second Empire avec une noblesse d'ancien régime, par l'appropriation d'un patrimoine d'exception. Il s'agit là d'une forme de muséification avant l'heure, où le passé n'est pas effacé mais astucieusement réorchestré pour servir un nouveau récit de prestige. La main de Boullée, même dans des boiseries antérieures à ses schémas plus visionnaires, garantissait une mesure et une proportion chères à l'esthétique néoclassique, contrastant peut-être avec certaines opulences contemporaines. Cette capacité d'adaptation et de métamorphose ne s'est pas démentie au XXe siècle. Acquis en 1920 par le Cercle de l'Union interalliée, l'hôtel poursuivit sa carrière comme lieu de réunion d'une élite, ce qui entraîna, en 1928, une surélévation du bâtiment sur rue. Cette intervention, dictée par la nécessité d'accroître les surfaces utiles, modifia sans doute l'équilibre initial de la façade, ajoutant une touche de pragmatisme au classicisme réinterprété. Le même âge, 1928, vit son inscription au titre des monuments historiques, consécration paradoxale d'un édifice dont la valeur réside précisément dans sa capacité à avoir été sans cesse réinventé. L'Hôtel Perrinet de Jars demeure ainsi un spécimen exemplaire de l'architecture parisienne, non pas par une pureté stylistique intouchable, mais par la richesse de son parcours, où chaque siècle a laissé son empreinte, composant un assemblage complexe et fascinant de désirs et de fonctions.