Place du général de Gaulle, Champagne-sur-Oise
L'église Notre-Dame-de-l'Assomption, sise à Champagne-sur-Oise, offre un témoignage architectural où les ambitions royales du XIIIe siècle se mesurent à des réalités plus anciennes et à des remaniements ultérieurs. Sa position, dominant la vallée de l'Oise, ne laisse pas de susciter un intérêt certain, malgré une vue globale parfois entravée par le dénivelé. L'édifice, classé dès 1862, révèle une chronologie complexe. Ses parties les plus anciennes, les deux absidioles orientées, conservent une empreinte romane prononcée, dont la robustesse interroge même leur antériorité à la structure générale. Elles démontrent un soin constructif qui tranche avec certaines contraintes ultérieures, leurs arcades et fenêtres affichant un plein cintre élégant, agrémenté de colonnettes baguées et de chapiteaux où l'acanthe romaine se mêle au nénuphar gothique. Le transept et le chœur, érigés vers 1180-1190, maintiennent une qualité architecturale indéniable. Le chœur, malgré son exigüité notable, se distingue par la finesse de ses supports et l'intégration tardive, mais réussie, de grandes verrières rayonnantes. Les murs-bahut y déploient une nudité surprenante, contrastant avec les faisceaux de colonnettes d'angle, dont la sculpture témoigne d'une variété et d'une délicatesse supérieures à celles de la nef. La nef elle-même, construite entre 1230 et 1240 sous l'impulsion supposée de Saint Louis, qui y fonda une chapellenie en 1239, incarne le style rayonnant en gestation. Ses grandes arcades s'inspirent des modèles parisiens comme Saint-Denis. L'originalité réside dans les parties hautes, où les fenêtres triangulaires à rosaces hexalobes sont ingénieusement unies à des arcatures plaquées, simulant un triforium sans en offrir la profondeur spatiale. Cette astuce, peut-être dictée par l'économie, confère à l'ensemble une harmonie murale singulière, rappelant la Sainte-Chapelle ou Amiens. Les colonnettes en délit, quasi monolithiques, aux chapiteaux à crochets schématisés, marquent une étape significative dans l'évolution de la modénature gothique. Aux abords de la nef, les bas-côtés et leurs grandes arcades trahissent une filiation encore ancrée dans le gothique primitif. Leurs piliers cylindriques et leurs simples lancettes témoignent d'une période de transition. Cependant, la morphologie des bases et des tailloirs, ainsi que la sculpture des chapiteaux à feuilles d'arum et de vigne, les ancrent fermement dans le XIIIe siècle, en écho aux chantiers de Saint-Denis. La croisée du transept, quant à elle, fut l'objet d'un remaniement flamboyant à la fin du XVe siècle. Les piles y furent renforcées et ornées de frises historiées, dont la fantaisie animalière et les scènes de la vie quotidienne – des singes, des dragons, des figures buvant – peuvent surprendre par leur trivialité lorsqu'elles côtoient la gravité de la sculpture du XIIIe siècle, comme le soulignait Émile Lambin. L'arc triomphal est alors muni de son imposant tref, une arcade ajourée en pierre qui, malgré la disparition de ses statues à la Révolution, demeure un élément de gloire. À l'extérieur, le clocher se dresse avec une élégance certaine. Ses deux étages, dont le premier s'inscrit dans la tradition romane du Vexin, copiant presque littéralement celui de Nesles-la-Vallée, et le second, plus élancé, agrémenté de baies subdivisées et de curieuses gargouilles, offre un jalon intéressant dans l'évolution des campaniles régionaux. La façade occidentale, avec sa tourelle d'escalier octogonale et sa grande rosace, conserve des éléments de caractère. Le porche Renaissance, ajout du milieu du XVIe siècle, avec ses pilastres et ses niches à chérubins, apporte une touche de raffinement profane. Il est regrettable que les restaurations radicales de la fin du XIXe siècle, bien que nécessaires pour la survie de l'édifice, aient altéré l'authenticité de l'enveloppe extérieure, notamment les arcs-boutants et certains contreforts. Néanmoins, l'église conserve un mobilier digne d'intérêt, comme sa Vierge à l'Enfant du XIIIe siècle, si souvent malmenée par le temps, et le retable monumental du XVIIe siècle. Ce site demeure un observatoire privilégié des interactions stylistiques et des compromis constructifs qui ont jalonné l'histoire de l'architecture religieuse en Île-de-France.