Voir sur la carte interactive
Clown-Bar

Clown-Bar

114 rue Amelot, Paris 11e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui abrite le Clown Bar, au cœur vibrant du onzième arrondissement parisien, déploie dès sa façade une élégance qui trahit son origine : une composition Art Nouveau. Les motifs floraux dorés, d'une exécution délicate mais résolument caractéristique de l'esthétique fin-de-siècle, signalent un établissement ancré dans une certaine tradition décorative de la Belle Époque. C'est un prélude discret à un intérieur dont la singularité lui a valu d'être classé monument historique dès 1995. À l'intérieur, le regard est captivé par une frise en panneaux de céramique, œuvre de la manufacture de Sarreguemines. Elle figure une parade de clowns, tous frappés d'une mélancolie quasi expressionniste, à l'exception d'un seul, dont le sourire furtif demeure un défi à la sagacité de l'observateur. Ce décor, mis en place, selon l'historiographie, durant les années 1920, sous l'égide d'un certain Jean-Baptiste Mêmery – architecte dont l'activité parisienne, s'étalant sur plusieurs décennies, ne le hissa guère au panthéon des célébrités – attestait d'une recherche d'ambiance et d'une sophistication technique. Le plafond, par exemple, dévoile la technique du fixé sous verre, agrémenté de motifs floraux, jadis magnifiés par des lustres dont la présence évoquait une scénographie lumineuse aujourd'hui disparue. Il est regrettable de noter que l'intégrité de ce décorum ne fut pas intégralement préservée ; une portion significative fut déposée dans les années 1980, ne laissant intacte que l'ornementation de l'entrée. Le comptoir en étain, certes d'une facture honorable et réalisé par l'entreprise Nectoux, spécialiste réputé en la matière, est une addition postérieure, témoignant d'une évolution des aménagements intérieurs qui ne s'inscrit pas toujours dans la pure continuité historique. L'appellation même de ce bar n'est pas fortuite. Fondé dès 1902, il doit son nom à sa contiguïté avec le Cirque d'Hiver. Les artistes, et particulièrement les clowns, se voyaient contraints, entre deux représentations, de chercher refuge et rafraîchissement sans avoir le loisir de se démaquiller. Le Clown Bar devint ainsi, de pair avec d'autres estaminets alentour tel L'entrée des artistes, un prolongement informel de la piste, un arrière-scène où la fantaisie costumée rencontrait le quotidien bistrotier. Cette convergence, à la fois pragmatique et poétique, confère au lieu une patine historique singulière, où le décor n'est pas simple ornement mais le reflet d'une vie, d'une nécessité. Plus récemment, en 2021, une fresque murale de Matthieu Cossé, représentant un satyre en pleine nature, est venue s'ajouter à ce palimpseste décoratif. Cette superposition esthétique, si elle signe une vitalité contemporaine, interroge la lecture et l'intégrité de l'héritage originel, introduisant une nouvelle couche narrative sur un ensemble déjà riche de son passé et de ses altérations. Le Clown Bar demeure ainsi un témoin précieux d'une époque, un fragment d'histoire parisienne qui, malgré les vicissitudes et les ajouts, continue de raconter, avec une certaine dignité mélancolique, l'écho des rires et des silences sous le fard.