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Logements d'Électricité de France

Logements d'Électricité de France

40-44 boulevard du Colonel-Fabien 22-34 rue des Péniches, Ivry-sur-Seine

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice d'Ivry-sur-Seine, connu sous le nom générique de Logements d'Électricité de France et, plus récemment, sous celui des Terrasses de l'Atelier, se manifeste d'emblée comme un laboratoire formel d'une rigueur implacable. N'y cherchons pas l'effusion, mais l'expérimentation méthodique d'une solution au dilemme du logement collectif. Conçues dans les années 1960 par l'Atelier de Montrouge, avec Pierre Riboulet, ces deux tours jumelles se distinguent par un principe constructif aussi simple qu'ingénieux : la rotation. Chaque appartement, occupant l'intégralité d'un étage, est en effet identique à son voisin du dessous, à ceci près que son plan pivote d'un quart de tour à chaque niveau. Cette astuce, loin d'être un simple artifice stylistique, engendre une volumétrie extérieure d'une rare plasticité. Loin de la monotone répétition des façades conventionnelles, elle crée un jeu constant d'ombres et de lumières, de pleins et de vides, qui renouvelle la perception de l'édifice à chaque angle de vue, défiant la linéarité attendue. C'est une façade qui danse, sans jamais perdre son aplomb. Les architectes, héritiers d'une modernité soucieuse d'humaniser la standardisation, ont ici concrétisé l'idée de maisons superposées. Chaque unité d'habitation s'inscrit sur un plateau indépendant, embrassant l'intégralité de l'étage, procédé audacieux qui confère à chaque foyer une autonomie spatiale et des percements sur les quatre orientations, mimant ainsi la singularité d'une maison individuelle élevée, bien que confinée dans l'altérité du collectif. La desserte de ces unités se fait par un noyau central, véritable colonne vertébrale technique, abritant ascenseurs et escaliers, rationalisant l'accès tout en libérant le pourtour des plateaux. Commandés par Électricité de France en 1963 pour loger ses cadres, ces bâtiments, initialement pensés pour une douzaine de pavillons, sont devenus le terrain d'une réflexion architecturale plus dense et plus verticale. L'Atelier de Montrouge, connu pour sa posture intellectuelle et son refus des facilités stylistiques, a cherché ici à transcender la simple fonction par une composition architecturale qui interroge la relation entre l'individu et la masse. Le matériau privilégié, sans nul doute le béton armé brut, confère à l'ensemble une certaine austérité, une vérité structurelle dénuée d'ornements superflus, caractéristique d'une branche du modernisme français. L'œuvre, aujourd'hui inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 2003, témoigne de son importance conceptuelle. Sa rénovation en 2015 par l'Atelier d'urbanisme et d'architecture et Paul Chemetov, dans le cadre du vaste programme Ivry Confluences, est d'ailleurs un témoignage éloquent. Elle atteste d'une reconnaissance de la valeur architecturale de cet ensemble, non pas comme une simple relique du passé, mais comme un manifeste encore pertinent, un dialogue entre les maîtres d'œuvre originaux et une interprétation contemporaine de leur vision.