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Palais d'Iéna

Palais d'Iéna

1 avenue d'Iéna, place d'Iéna, Paris 16e

L'Envolée de l'Architecte

Le Palais d'Iéna, érigé pour l'Exposition universelle de 1937, se dresse comme une affirmation tardive mais puissante des principes constructifs d'Auguste Perret. Ce monument, fruit d'une commande de substitution après que Perret se fut vu retirer le projet du Palais de Chaillot, incarne sans fard sa doctrine de l'ossature, où le béton armé n'est pas dissimulé mais exprimé avec une élégance structurelle. C'est l'œuvre d'un architecte qui, loin des fioritures de l'Art Déco ambiant, cherchait une vérité formelle et une clarté d'ordre classique. Le bâtiment, conçu par la « Société des grands travaux en béton » des frères Perret, est une démonstration de maîtrise technique et esthétique. Sa construction, entamée en 1937, fut brutalement ralentie par le second conflit mondial, la rotonde ne s'achevant qu'en 1943 et la seconde aile, le long de l'avenue du Président-Wilson, étant finalement complétée en 1960 par Paul Vimond, un de ses élèves, assurant ainsi une continuité de style et de pensée. L'édifice s'organise autour d'une rotonde centrale, coiffée d'une double coupole qui abrite un hémicycle aux proportions mesurées. Le hall principal, vaste salle hypostyle, capte immédiatement le regard avec son monumental escalier suspendu en fer à cheval, une prouesse qui déjoue la pesanteur et met en scène la fluidité du béton. Ce dernier, dans sa nudité expressive, sculpte l'espace par ses poteaux élancés et ses dalles apparentes, créant un dialogue subtil entre le plein et le vide, l'opacité et la lumière filtrée. Initialement destiné à un Musée national des Travaux publics – une vocation qui, avec le recul, semble avoir manqué d'une certaine capacité à susciter l'enthousiasme du grand public, menant à sa fermeture précoce en 1955 –, le Palais d'Iéna a su trouver une seconde vie, plus conforme à sa dignité institutionnelle. De l'Assemblée de l'Union française au siège du Conseil économique, social et environnemental, l'adaptabilité de son plan et la noblesse de ses volumes ont permis d'accueillir des fonctions de haute importance civique. Les aménagements successifs, comme l'intervention de Pierre Paulin pour le mobilier de la salle hypostyle en 1987, attestent d'une volonté de moderniser sans trahir l'esprit originel. Classé monument historique en 1993, le Palais d'Iéna n'est pas seulement un vestige de son époque; il continue de servir de cadre prestigieux, de la Convention citoyenne pour le climat aux tournages cinématmatographiques, où sa solennité et son caractère intemporel lui permettent d'incarner avec une égale crédibilité le Département de la Justice américain ou une conférence épiscopale, prouvant ainsi la puissance universelle d'une architecture qui a su, par la seule force de sa logique, transcender les modes.