rue du Prieuré, Ronquerolles
Le monument funéraire de Marguerite-Joséphine Jacquot, érigé avec une ambition certaine dans le cimetière de Ronquerolles, s'éloigne de la modeste stèle pour adopter la majesté d'un petit temple antique. Cette structure, d'une solennité étudiée, évoque une architecture funéraire qui, au début du XXe siècle, perpétuait les canons classiques, cherchant à conférer à la dernière demeure une dignité intemporelle. L'ensemble, sans être monumental au sens strict, est imposant par sa composition. Au cœur de ce simulacre d'édifice sacré se dresse une œuvre de bronze d'une élégance remarquable : la statue de l'Espérance, sculptée par Carlo Sarrabezolles. Cette figure féminine, drapée à l'antique, incarne avec une allégorie limpide la consolation face au deuil, sa silhouette élancée exprimant une sérénité empreinte de gravité. La même allégorie, témoignage de la pertinence de cette iconographie et de la maîtrise de Sarrabezolles, fut reproduite et installée à Paris, dans le square Carlo Sarrabezolles, offerte par la SNECMA en 2004. L'histoire de cette commande singulière confère au monument une aura particulière. La tradition rapporte en effet que ce tombeau, d'une facture inhabituelle pour un tel lieu, aurait été offert par une figure couronnée européenne, en l'occurrence le duc de Valençay, en hommage à sa défunte maîtresse. Cette anecdote, si elle se vérifie, illumine d'un jour nouveau les liens complexes entre l'art, les affections mondaines et les mécénats d'exception qui animaient la société de l'époque. Le projet aurait bénéficié de l'appui de Félix Martin-Sabon, ancien maire du village, dont les accointances avec les cercles artistiques parisiens ont sans doute facilité la réalisation de cette œuvre ambitieuse loin des capitales. L'inscription de ce monument au titre des monuments historiques en 2020 marque, avec un certain retard, la reconnaissance de sa valeur patrimoniale, non seulement pour l'intérêt de sa conception architecturale et sculpturale, mais aussi pour le récit insolite qu'il semble porter, un témoignage éloquent des élégances funéraires et des passions discrètes.