
47 avenue du Général-Leclerc, Pantin
L'architecture publique de l'entre-deux-guerres, souvent contrainte par des impératifs économiques et une idéologie hygiéniste, trouva à Pantin, en 1937, une expression d'une certaine dignité avec cette piscine municipale. Conçue par Charles Auray, fils du maire, et l'ingénieur Jean Molinié, elle s'inscrit dans un mouvement d'équipement des banlieues parisiennes, non sans une pointe d'originalité technique, comme en témoigne son alimentation par une nappe phréatique profonde, détail fort peu courant pour l'époque. Une initiative municipale audacieuse, visant à offrir un service public d'une qualité alors notable. L'édifice présente une façade d'une sobriété calculée, érigée en briques rouges, un matériau familier et économique, rehaussée d'une frise en grès émaillé noir. Cette dernière, d'une élégance discrète, établit un dialogue matériel avec l'usine des eaux voisine, créant une cohérence urbaine par la répétition d'un motif chromatique. La composition, bien que fondamentalement symétrique, ose quelques inflexions pour rompre la potentielle monotonie : des fenêtres en bandeau côtoient d'inattendues ouvertures en hublot, tandis que l'entrée principale introduit une ligne courbe, adoucissant ainsi la rigueur géométrique sans la contredire frontalement. Il s'agit là d'une tentative mesurée d'apporter une touche de modernité décorative à une structure essentiellement fonctionnelle, un compromis entre le strict rationalisme et un certain goût de l'époque, qui n'est pas sans évoquer quelques aspirations Art déco tempérées. À l'intérieur, le parti pris chromatique est sans équivoque : les murs sont animés par un soubassement de faïence et de mosaïque bleues et blanches, poursuivant une thématique aquatique qui se décline jusqu'aux garde-corps, portes des cabines et carrelages du sol, dans une palette variée de bleus. Cette profusion colorée, loin d'être gratuite, souligne la vocation du lieu et crée une atmosphère immersive, certes prévisible pour un établissement de ce type, mais exécutée avec une constance qui frôle l'obsession. Le bassin original, de 33 mètres sur 12,50, témoigne des standards de l'époque, équipé de ces 150 cabines individuelles, vestiges d'une certaine pudeur collective aujourd'hui largement révolue. L'histoire de cette piscine est ponctuée d'épisodes singuliers. Il est assez piquant de noter qu'en 1961, l'ORTF y organisa un match de catch sur l'eau, retransmis en direct à la télévision, transformant ainsi un lieu de sport et d'hygiène en une arène médiatique des plus inattendues. Cette capacité à se prêter aux expérimentations, même les plus ludiques, ajoute une couche de lecture à son caractère d'équipement public. Son inscription au titre des monuments historiques en 1997 atteste, non sans une certaine logique tardive, de la reconnaissance de sa valeur architecturale intrinsèque, au-delà de sa simple utilité. Plus récemment, l'édifice a connu une transformation significative entre 2020 et 2022. L'ajout d'un second bassin de 25 mètres et l'intégration à un nouveau conservatoire de musique et de danse, pour un investissement de 58 millions d'euros, redéfinissent la nature même du complexe, l'ancrant dans une polysémie fonctionnelle contemporaine. Le renommage en piscine Alice Milliat en 2022, en hommage à cette pionnière du sport féminin, achève de lui conférer une nouvelle identité symbolique, bien loin de l'austérité administrative de son appellation première. Ainsi, ce bâtiment, initialement expression d'une modernité sociale et architecturale, continue d'évoluer, adaptant sa forme et son nom aux sensibilités du temps présent, sans jamais renier l'élégance discrète de ses origines.