9 rue Saint-Rémésy, Toulouse
L’Hôtel Réquy, ou Lamothe, comme l’histoire l’a diversement nommé, se présente aujourd’hui davantage comme un témoin fragmentaire qu’une œuvre unifiée. Il illustre avec une certaine mélancolie les vicissitudes de la fortune et des modes architecturales à Toulouse. Édifié en 1626 par un certain Augier de Lamothe, avocat au Parlement, sur les vestiges de maisons préexistantes, l’édifice originel relevait de la main de Claude Pacot, un maître d’œuvre dont l’activité était alors bien établie dans la ville rose, à en juger par son achèvement contemporain de l’hôtel Comère, dont il partageait déjà l’esprit des croisées et du portail. C’est en 1657 que Pierre de Réqui, un opulent négociant et capitoul en exercice, en devint l’acquéreur. Son ambition fut de le rénover complètement, terme qui, à l’époque, signalait une transformation en profondeur, un ajustement aux codes esthétiques d’un milieu social en ascension. L’hôtel adopta alors cette configuration de transition, mêlant les réminiscences d’une Renaissance finissante aux prémices d’un style plus baroque. Toutefois, cette identité composite fut à nouveau mise à l’épreuve par les propriétaires successifs. La descendance de Réqui, puis les David de Beaudrigue, dont François-Raymond, figure tristement célèbre pour son rôle dans l’affaire Calas en 1761, maintinrent le prestige du lieu. Mais le coup de grâce à son intégrité architecturale fut porté bien plus tard. Vers 1824, sous la propriété de Bertrand Garrigues, la façade fut largement remaniée. Ce terme, souvent euphémistique, masque en réalité une simplification drastique, ne laissant subsister du XVIIe siècle que son portail et les fenêtres du troisième étage. Cet épisode témoigne de l’ingratitude parfois manifestée envers le patrimoine lors des réaménagements hâtifs, motivés sans doute par des considérations de goût ou d’économie. Ainsi, ce qui s’offre au regard du passant rue Saint-Rémésy est une composition à trois étages, scandée par six travées, dont seuls quelques éléments conservent la mémoire d’une splendeur passée. Le portail, décentré avec une certaine désinvolture, est une œuvre de brique et de pierre, son entablement soutenu par deux consoles d’où émergent des atlantes engainés. Leurs visages, marqués par une grimace et des chevelures échevelées, trahissent l’influence d’un maniérisme tardif, une esthétique du tourment. Cette parenté stylistique avec le portail de l’hôtel Pierre Comère confirme, ou du moins suggère, la persistance de l’empreinte de Pacot ou d’un de ses suiveurs dans l’exécution de ces motifs. Plus haut, au troisième étage, les fenêtres à meneaux en pierre sont les seuls vestiges incontestables de l’hôtel Lamothe d’origine. Leurs meneaux délicatement sculptés de bouquets de fleurs et de grappes de fruits offrent un contraste notable avec la puissance tourmentée des atlantes, évoquant une élégance de la Renaissance encore intacte. La reconnaissance tardive de ces fragments, inscrits aux monuments historiques en 1933 malgré une opposition municipale fort peu éclairée, en est la preuve. Il est curieux de constater qu’un tel vestige, autrefois foyer d’avocats, marchands et capitouls, ait trouvé une nouvelle vocation au sein d’une école élémentaire, l’école Fabre, une transformation qui confère à ses murs une nouvelle, quoique plus austère, dignité. Le sort de l’Hôtel Réquy nous invite à une réflexion sur la nature éphémère de la grandeur et la résilience, parfois inattendue, de l’architecture.