31-33 avenue Marceau, 24-26 rue de Chaillot, Paris 16e
L'église Saint-Pierre-de-Chaillot, enchâssée dans le tissu haussmannien du XVIe arrondissement, se révèle comme un spécimen éloquent de l'architecture religieuse parisienne de l'entre-deux-guerres. Loin de la discrétion, cet édifice, achevé en 1938 sous la houlette d'Émile Bois, alors architecte en chef de la Ville, déploie une esthétique volontairement massive, rendue possible par l'emploi audacieux du béton armé, alors en pleine maturité technique. Sa construction en deux phases, intégralement financée par la piété des fidèles, vint supplanter un édifice antérieur dont il ne subsiste que le souvenir et une statue vénérée, la Vierge de Chaillot. L'ambition initiale d'une isolation monumentale fut contrariée par les contraintes urbaines, laissant l'église s'insérer, non sans une certaine grandiloquence, dans son environnement bâti. Ce compromis urbain, fréquent à l'époque, marque la relation complexe entre le monument et la ville existante. Sa grammaire architecturale procède d'un singulier syncrétisme, empruntant aux répertoires byzantin et roman, mais les reformulant à travers le prisme d'une géométrie épurée et d'une monumentalité caractéristique de l'époque. Le béton, matériau désormais affranchi de ses imitations passées, confère à l'ensemble une puissance tellurique, une expression quasi primale du volume. La composition tripartite s'articule autour d'un clocher culminant à soixante-cinq mètres, jalon vertical dominant l'avenue Marceau. L'édifice se stratifie : une église basse, d'une généreuse superficie de 820 m², se déploie tel une crypte souterraine. Sa structure, rythmée par de robustes piliers soutenant une voûte en béton à pente douce, évoque l'atmosphère recueillie et quelque peu austère des catacombes, accentuée par sa dédicace aux disparus du premier conflit mondial. Au-dessus, l'église principale, d'une ampleur de près de deux mille mètres carrés, reprend la même configuration en croix grecque. Son espace intérieur est couronné par une coupole centrale majestueuse, flanquée de quatre coupoles secondaires octogonales, dont le dialogue avec la lumière zénithale parachève l'hommage, discutable, à la splendeur byzantine. La façade, enfin, véritable écran monumental sur l'avenue, se veut l'expression la plus affirmée de cette force. Un porche à trois arcs en plein cintre s'y déploie, couronné par l'immense tympan sculpté d'Henri Bouchard narrant la vie de saint Pierre, œuvre narrative d'une facture classique. L'étage supérieur, percé de fenêtres carrées et agrémenté de balcons, confère à l'ensemble une apparence presque castrale, une sorte de forteresse spirituelle dont l'austérité n'est que légèrement tempérée par la finesse des verrières de Mauméjean et les fresques de Nicolas Untersteller, dont la restauration prochaine est fort attendue. L'édifice est également le témoin discret d'une certaine vie parisienne, ayant accueilli la nonciature apostolique, et comptant parmi ses paroissiens Mgr Roncalli, futur Jean XXIII. Il convient de noter, avec une pointe d'exactitude historique, que si les funérailles d'écrivains illustres tels que Guy de Maupassant et Marcel Proust se sont bien tenues sous l'égide de la paroisse Saint-Pierre-de-Chaillot, c'est dans l'ancienne église que ces événements se sont déroulés, bien avant l'achèvement de l'édifice actuel, qui a depuis accueilli des personnalités aussi variées qu'Ettore Bugatti ou Laurence Badie. La reconnaissance tardive, mais nécessaire, par son inscription aux Monuments Historiques et le label « Patrimoine du XXe siècle », confirme, si besoin était, l'intérêt de cette œuvre qui, sans jamais verser dans l'innovation radicale, incarne avec une solidité parfois intimidante l'esprit d'une époque.