8, cours Franklin-Roosevelt, Marseille
L'édifice marseillais communément désigné sous le nom d'église des Réformés, en dépit de sa dédicace officielle à Saint Vincent de Paul, porte en son appellation une lointaine résonance du passé, succédant à une chapelle augustine détruite après le Concordat. Cet ancrage toponymique révèle d'emblée une strate historique, un lieu de culte perpétué, dont l'incarnation actuelle, commencée en 1855, s'est figée dans un néo-gothique du XIIIe siècle. Un choix stylistique somme toute prévisible pour l'époque, qui puisait volontiers dans les répertoires historiques pour signifier une certaine dignité. La conception originelle, due à François Reybaud, connut d'emblée les aléas. Son départ précipité laissa la charge à l'abbé Joseph Pougnet, un ecclésiastique architecte dont l'intervention modifia sans doute le dessein initial, rendant difficile d'apprécier la pureté de la vision première. Monseigneur de Mazenod posa la première pierre, scellant le début d'un chantier aux multiples suspensions et reprises, souvent dictées par la contrainte financière. Il fallut trente ans et une mobilisation significative des paroissiens pour que l'église pût être inaugurée en 1886, bien qu'elle ne fût jamais véritablement achevée selon les ambitions initiales. Les soixante-et-onze mètres de longueur intérieure et les soixante-seize mètres de ses flèches, s'élevant au-dessus d'un perron de vingt-cinq marches, affirment une présence urbaine incontestable, en haut de la Canebière. Le plan basilical traditionnel se déploie avec un sanctuaire, un chœur flanqué de chapelles et un transept. Si les voûtes de la grande nef atteignent vingt-trois mètres sous clé, conférant une verticalité certaine, la façade, elle, offre une leçon d'inachèvement. Malgré les dessins précis de l'abbé Pougnet, les sculptures prévues pour orner les trois portails n'ont jamais vu le jour. Un modèle réduit, exposé dans une chapelle latérale, témoigne de cette intention avortée, une promesse de richesse ornementale restée au stade de l'esquisse. Les portes de chêne, rehaussées de panneaux de bronze de Caras-Latour, et les vitraux d'Édouard Didron apportent cependant une touche d'artisanat soigné. L'histoire de son Grand-Orgue est à elle seule une épopée. L'instrument Merklin de 1888, d'une ampleur symphonique notable et doté d'une transmission électrique alors innovante, fut un prodige technologique qui malheureusement s'avéra rapidement capricieux, sombrant dans le silence après des années de tentatives d'amélioration. Ce mutisme prématuré n'empêcha pas son classement aux Monuments Historiques en 1981, un acte de sauvegarde qui, paradoxalement, contribua peut-être à préserver l'édifice tout entier. Plus tard, un instrument néo-classique de 1947 vint le compléter. La restauration du début du XXIe siècle, fruit d'un projet audacieux, a permis de fusionner ces deux entités, créant un ensemble de quatre consoles et quatre-vingt-quatre jeux réels, une sorte de Frankenstein organistique, d'une complexité sonore remarquable, mais d'une généalogie technique torturée. L'édifice, désormais restauré dans ses extérieurs, continue ainsi d'afficher une grandeur parfois contrariée, témoignage des ambitions, des compromis et des résiliences marseillaises.