2bis, 2ter rue de la Jussienne, Paris 2e
L'Hôtel du Barry, érigé en 1752, rue de la Jussienne, se présente comme un singulier manifeste des hésitations stylistiques d'une époque, un pont fragile jeté entre la grâce volubile du Louis XV et la rigueur naissante du Louis XVI. Son architecte, Pierre Quirot-le-Jeune, le conçut pour sa propre résidence, une démarche qui, souvent, permet à l'artiste une plus grande licence, voire une démonstration de ses propres convictions esthétiques, loin des contraintes habituelles des commanditaires. Quirot-le-Jeune, bien que moins célébré que d'autres maîtres du siècle, parvient ici à une synthèse notable. Il signe une œuvre où la transition n'est pas une indécision, mais une coexistence habile. La façade, d'une composition manifestement structurée, révèle cette dialectique. L'avant-corps saillant, déployé sur deux travées et s'élevant sur trois niveaux – dont un attique couronné par une imposante corniche sculptée à modillons – affirme une symétrie et une monumentalité déjà néoclassiques. Ce souci de l'ordre, du rythme, et de la hiérarchie verticale, anticipant les principes de Ledoux ou de Soufflot, contraste, sans heurts apparents, avec une exubérance décorative qui relève encore pleinement du rocaille. Les ferronneries, d'une facture particulièrement raffinée, ainsi que les agrafes et consoles, prodiguent une ornementation d'une richesse peu commune pour l'époque. Ces motifs, parfois sinueux, parfois d'une fantaisie toute Louisquinze, s'accrochent à l'ossature minérale avec une légèreté qui tempère la gravité promise par le dessin général, créant une tension fascinante entre le plein et le vide, entre la masse et l'épiderme décoré. Quant à son appellation, « Hôtel du Barry », elle est, il est vrai, des plus évocatrices. Si la comtesse de Barry, figure emblématique et controversée de la cour de Louis XV, n'en fut pas la propriétaire principale, le nom même suffit à ancrer l'édifice dans l'imaginaire d'une société où le faste et la nouveauté esthétique se côtoyaient. L'association, même indirecte, confère à l'édifice une aura de monde galant et de raffinement singulier, reflétant le goût d'une clientèle parisienne cultivée, prompte à adopter les évolutions formelles sans renoncer au charme ancien. L'édifice, malgré son élégance discrète, ou peut-être à cause d'elle, a traversé les siècles avec une certaine résilience. Son acquisition par l'Assistance publique – Hôpitaux de Paris, puis sa cession au Ministère du Travail en 1975, témoignent d'une existence fonctionnelle diverse, avant qu'il ne reçoive, tardivement en 1996, la reconnaissance de son inscription aux Monuments historiques. Cette inscription, loin d'être une simple formalité administrative, consacre la valeur d'un monument qui, sans clamer la grandeur des palais, illustre avec subtilité et une certaine audace la mutation des codes architecturaux d'un siècle en pleine effervescence stylistique, un témoignage éloquent de la complexité des goûts à la veille d'une nouvelle ère.