Voir sur la carte interactive
Cathédrale Sainte-Geneviève-et-Saint-Maurice

Cathédrale Sainte-Geneviève-et-Saint-Maurice

Rue de l'Église, Nanterre

L'Envolée de l'Architecte

La Cathédrale Sainte-Geneviève-et-Saint-Maurice de Nanterre offre le spectacle d'un édifice dont la nature est intrinsèquement composite, un palimpseste architectural où les ambitions successives se sont déposées, parfois avec une certaine discontinuité. Ce n'est qu'en 1966 qu'elle accède à la dignité cathédrale, non par une conception unifiée, mais par l'élévation d'une église paroissiale à la suite de la création du diocèse, un processus révélateur des réalités post-conciliaires et des réorganisations territoriales. L'histoire du site remonte au IIIe siècle, avec une paroisse dédiée à Saint Maurice, écho lointain de l'évangélisation gauloise. La figure tutélaire de Sainte Geneviève, née ici même, a pourtant insufflé au lieu une vocation pèlerine précoce et tenace, dont témoignent les récits du VIe siècle et les pèlerinages royaux. De cette stratification historique, seul subsiste aujourd'hui un clocher du XIVe siècle, élément vénérable et classé, qui se dresse tel un vestige isolé au milieu d'une reconstruction bien plus récente. Ce clocher, rescapé des incendies dévastateurs de la guerre de Cent Ans et des assauts ultérieurs, offre un contraste saisissant avec l'ensemble qui l'entoure. C'est l'entre-deux-guerres, à l'initiative du chanoine Jules Froidevaux, qui voit naître le projet d'une « grande église de pèlerinage » à la hauteur de la sainte locale. De 1924 à 1937, sous la houlette des architectes Georges Pradelle puis Yves-Marie Froidevaux, s'élève un édifice de style romano-byzantin, un choix alors en vogue pour son évocation de la tradition chrétienne primitive, tout en s'inscrivant dans une certaine monumentalité. Cette esthétique, privilégiant le plein sur le vide, les volumes massifs et les arcatures romanes, se construit avec des matériaux locaux et régionaux, comme la pierre de Nanterre et de Château-Landon. Cependant, le plan initial prévoyait trois tranches de travaux, dont la dernière, la nef principale, ne fut jamais réalisée en raison du décès du chanoine en 1943 et des affres de la Seconde Guerre mondiale. Cette lacune a laissé une ancienne nef jésuite « provisoirement » conservée jusqu'à sa démolition en 1972, une anomalie spatiale résolue par la suite avec une nouvelle façade et une porte monumentale en laiton embouti de Pierre Sabatier en 1974, dont la modernité tranchée constitue une rupture franche avec l'esprit des années 1930. L'intérieur révèle un programme iconographique d'une ampleur remarquable et d'une cohérence stylistique certaine. Les plus de mille mètres carrés de « vraies » fresques, exécutées directement sur l'enduit frais sous la direction de Paul Baudoüin et ses élèves, sont sans conteste la pièce maîtresse de l'édifice. Elles déploient un récit théologique dense : la vie de sainte Geneviève, les paraboles évangéliques, les Béatitudes, le Sacré-Cœur, et le couronnement de la Vierge. L'impressionnante figure du Christ en majesté de Léon Toublanc dans le chœur, côtoyant Geneviève et Jeanne d'Arc, témoigne d'une certaine vision nationale et dévotionnelle de l'époque. La finesse des détails et la maîtrise technique de cette école picturale sont indéniables, créant un ensemble enveloppant qui dialogue avec la lumière filtrée des vitraux, notamment ceux de Louis Barillet sur la Passion du Christ. La cathédrale actuelle est donc un lieu de dialogue constant entre les époques. Les chapiteaux néo-romans sculptés par Madeleine Froidevaux-Flandrin, racontant la vie de la sainte, côtoient des éléments liturgiques contemporains (cathèdre, ambon, baptistère) conçus par Jean-Marie Duthilleul en 2013, taillés dans le même travertin que le maître-autel des années 1930. Ce métissage stylistique, cette cohabitation entre l'austérité romano-byzantine et les ajouts modernes, est en soi un témoignage des défis de la création et de la perpétuation du sacré dans le temps. L'orgue, réaménagé en 2013, et les vitraux récents des ateliers Duchemin viennent compléter ce tableau. Enfin, l'inauguration en 2017 d'une mosaïque monumentale de Marko Rupnik sur le parvis, représentant sainte Geneviève confiant la tour Eiffel au Christ, offre une dernière couche, une tentative audacieuse d'ancrer le patrimoine spirituel dans l'imaginaire urbain contemporain, non sans une certaine audace iconographique. Cet édifice composite, constamment réinventé et adapté, demeure une expression vivante, et parfois déconcertante, de la ferveur et des contraintes traversées par l'architecture religieuse française.