Place Sainte-Madeleine, Strasbourg
L’histoire de l'église Sainte-Madeleine à Strasbourg est moins celle d'une construction pérenne que d'une succession patiente de renaissances sur un même site, témoignant d'une persévérance singulière face aux assauts du temps et des conflits. En effet, depuis le XIIIe siècle, pas moins de quatre édifices y ont été voués à sainte Madeleine. L'actuelle église, que nous observons, s'inscrit dans cette lignée de reconstructions, ayant elle-même subi les foudres d'un bombardement en 1944 avant d'être scrupuleusement restaurée à l'identique en 1958. Cette démarche, si elle garantit la perpétuation d'une forme architecturale, ne manque pas de soulever la question de l'authenticité face à une réplique, même fidèle. À l'origine, dès 1225, un couvent accueillait des femmes repenties, un acte de charité et de réinsertion sociale qui trahit une réalité urbaine médiévale bien plus complexe que les seules chroniques ecclésiastiques ne le laissent entendre. Ce premier établissement, par prudence stratégique face à une menace bourguignonne, fut détruit puis reconstruit ailleurs. Le second édifice, achevé en 1478, représentait l'ultime expression du gothique strasbourgeois. Un incendie en 1904 ne laissa subsister que le chœur, désormais chapelle du Saint-Sacrement, dont les vestiges des peintures murales offrent un rare aperçu de l'art sacré de cette période tardive. L'église principale actuelle, œuvre de l'architecte Fritz Beblo et érigée à partir de 1907, se démarque par une orientation perpendiculaire au chœur gothique. Beblo, figure marquante de l'urbanisme strasbourgeois sous l'administration allemande, conçut un bâtiment plus généreux en espace et en lumière, une réponse aux besoins d'une paroisse étendue. Son style, bien que soumis à une reconstruction stricte après-guerre, témoigne d'une approche du début du XXe siècle, cherchant un équilibre entre monumentalité et fonctionnalité. L'orgue, parfois, narre une histoire aussi riche que les pierres. Celui qui orne la chapelle du Saint-Sacrement en est une parfaite illustration. Il s'agit d'un Andreas Silbermann, instrument dont la commande remonte à 1716 pour l'abbaye de Marmoutier. Non livré à sa destination première, il connut une série de déménagements, des Sœurs Grises de Haguenau à l'église de Sessenheim, subissant au passage quelques modifications par Xavier Stiehr. Parvenu au musée des Arts décoratifs de Strasbourg, il fut restauré en son état de 1826 et réinstallé en 2012 dans le chœur gothique. Une pérégrination sonore peu commune, qui souligne la valeur patrimoniale de ces instruments. Le grand orgue de l'église, un Roethinger de 1965, remplace quant à lui un prédécesseur détruit. Son entretien régulier assure la pérennité de son timbre, contribution sonore essentielle à la vie liturgique de l'édifice. Ainsi, Sainte-Madeleine continue de se redéfinir, un mélange de vestiges gothiques et d'architecture du début du XXe siècle, reconstituée avec une volonté louable mais aussi une certaine distance vis-à-vis de l'empreinte originelle.