Place des Célestins Rue Gaspard-André Rue Charles-Dullin, 2e arrondissement, Lyon
Le site où s'élève aujourd'hui le Théâtre des Célestins, à Lyon, offre une stratification historique des plus singulières, un véritable manuel de la pérennité architecturale, souvent mise à l'épreuve. Avant même l'élégance néoclassique que nous connaissons, ce terrain fut l'assise d'un couvent célestin dès le XVe siècle, lui-même succédant à une implantation templière. Une transformation significative s'opéra à la Révolution, lorsque l'ancienne église conventuelle fut réaffectée pour abriter un premier théâtre, les Variétés. Ce détournement du sacré vers le profane, bien que pragmatique, posait déjà la question de l'adaptabilité structurelle face aux exigences d'un spectacle en pleine évolution. Les débuts furent marqués par une précarité certaine, tant sur le plan financier que par la vulnérabilité aux incendies, fléau récurrent des architectures de spectacle de l'époque. L'incendie de 1871, d'une envergure totale, permit l'érection de l'édifice actuel, fruit du concours remporté par Gaspard André. Le style choisi, celui du théâtre à l'italienne, répondait aux canons de la magnificence bourgeoise du Second Empire finissant et du début de la Troisième République. Cela impliquait une façade ordonnancée, souvent symétrique, un grand vestibule d'accès, une salle en fer à cheval favorisant l'acoustique et la visibilité depuis tous les balcons et loges, et bien sûr, un riche décor intérieur destiné à éblouir le public autant que la représentation sur scène. La scène, positionnée à l'emplacement du chœur de l'ancienne église, maintenait un lien subtil avec la sacralité passée du lieu, transformant un espace liturgique en un temple de Melpomène et Thalie. La destinée de l'ouvrage d'André ne fut pas exempte de tourments. À peine inauguré en 1877, un nouvel incendie, circonscrit à la toiture et à la scène en 1880, imposa à l'architecte une reconstruction quasi à l'identique. Une certaine fatalité semblait s'acharner, ou peut-être une leçon sur l'importance de la maîtrise des matériaux et des techniques anti-feu, qui ne cessaient d'évoluer. L'ouvrage, inscrit aux monuments historiques en 1997, a traversé le siècle suivant en accueillant les figures emblématiques de la scène française et internationale, de Sarah Bernhardt à Bertolt Brecht, témoignant d'une vie culturelle ininterrompue. Une anecdote, qui en dit long sur la polyvalence inattendue des lieux, raconte comment, durant les événements de Mai 68, le théâtre servit discrètement de cachette pour les précieuses collections d'antiquités de l'Institut d'égyptologie de l'université de Lyon, dissimulées dans une loge condamnée. Un temple du théâtre abritant les reliques d'une civilisation antique, voilà qui ne manque pas de sel. Les rénovations récentes, notamment celle de 2003 à 2005, se sont attachées à restaurer les splendeurs d'origine des décors muraux et des mosaïques voulues par André, tout en intégrant les impératifs contemporains d'accessibilité et de sécurité. L'ajout d'une seconde salle en sous-sol, la Célestine, bien que victime d'une inondation en 2018, illustre cette quête constante d'adaptation et d'optimisation de l'espace. Le Théâtre des Célestins demeure ainsi un monument de pierre et d'histoire, dont la façade austère mais élégante cache une résilience et une vitalité culturelle indéniables, perpétuant le spectacle vivant sur un site dont la mémoire remonte à des siècles.