7 rue Marie-Rose, Paris 14e
Au cœur du quatorzième arrondissement, dans la trame viaire relativement discrète du Petit-Montrouge, se dissimule une œuvre dont la modestie apparente ne doit pas tromper. Le couvent Saint-François n'est pas une simple réinstallation franciscaine après les secousses de la loi de 1905 ; c'est un manifeste architectural en brique, une démonstration de force tranquille issue de la pensée d'un moine-bâtisseur, Dom Paul Bellot. Les architectes en titre, Victor Blavette, Paul Gélis et Louis-Jean Hulot, bien que lauréats du Grand Prix de Rome et donc formés à une certaine doxa académique, se font ici les disciples zélés de l'esthétique bellotiste. Ils renoncent à la pierre de taille, matériau noble de la capitale, pour la brique. Il s'agit cependant d'une brique transfigurée, utilisée non comme un simple parement mais comme un organisme structurel et décoratif. Il faut observer la polychromie subtile, les jeux d'appareillage, les moucharabiehs de terre cuite qui filtrent la lumière : la matière pauvre est ici anoblie par l'intelligence de sa mise en œuvre. La chapelle constitue le point d'orgue de cette conception. Loin de l'ogive gothique, la voûte s'élance selon des arcs paraboliques ou en chaînette, formes dictées par la pure logique des forces. Il en résulte une spatialité à la fois ample et recueillie, une sorte d'expressionnisme structurel où l'ossature de brique et de béton devient le décor même. Les verrières, œuvres d'André Pierre, Pierre Villette et Claude Malespine, n'inondent pas l'espace de lumière mais la qualifient, la colorent, participant à cette atmosphère d'intériorité fervente. Cette quiétude monastique fut pourtant sauvagement rompue par l'Histoire. C'est entre ces murs, en juin 1944, que le père Corentin Cloarec, aumônier de la Résistance, fut assassiné par la Gestapo. Le cloître, espace de méditation par excellence, devint alors le théâtre d'une violence profane, rappelant que nulle architecture, si spirituelle soit-elle, n'échappe aux tragédies de son temps. Inscrit tardivement aux monuments historiques, le couvent de la rue Marie-Rose demeure un témoin précieux de ce renouveau de l'art sacré de l'entre-deux-guerres. Il incarne une troisième voie, entre un académisme historiciste essoufflé et un modernisme parfois jugé trop froid. Une architecture franciscaine dans son essence : une pauvreté de moyens assumée, mais qui, par la rigueur de la géométrie et la poésie du matériau, atteint une indéniable élévation spirituelle.