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Fondation Louis Vuitton

Fondation Louis Vuitton

8 Av. du Mahatma Gandhi, 75116 Paris

L'Envolée de l'Architecte

Posé à la lisière du bois de Boulogne, un immense vaisseau translucide semble flotter au-dessus des arbres centenaires. La Fondation Louis Vuitton, inaugurée en 2014, est une prouesse vertigineuse signée par l'architecte américano-canadien Frank Gehry. Dès le premier regard, le bâtiment impose sa présence par un contraste saisissant entre la lourdeur d'un noyau opaque et la légèreté d'une enveloppe aérienne. Pour comprendre cette œuvre, il faut la diviser en deux éléments fondamentaux. Au centre se trouve ce que l'architecte appelle l'iceberg. Il s'agit d'un assemblage de blocs massifs recouverts de plus de dix-neuf mille panneaux de béton fibré à ultra-hautes performances. Ce matériau, d'une résistance exceptionnelle, permet de créer des façades d'une blancheur immaculée. Autour de ce cœur solide se déploient douze immenses voiles de verre. Elles sont constituées de trois mille six cents panneaux, tous uniques et courbés sur mesure. Ces voiles ne touchent presque pas le sol. Elles sont soutenues par une charpente complexe mêlant l'acier et le bois lamellé-collé, offrant une interaction permanente entre la froideur des matériaux industriels et la chaleur du bois naturel. L'espace intérieur est un labyrinthe volontaire de onze galeries d'exposition. Frank Gehry a conçu le parcours comme une promenade fluide où les frontières entre le dedans et le dehors s'effacent progressivement. Les visiteurs montent de terrasse en terrasse, glissant sous les auvents de verre qui filtrent la lumière du soleil et projettent des ombres mouvantes sur la pierre. C'est un hommage assumé aux grandes verrières parisiennes du dix-neuvième siècle, comme le Grand Palais, repensé à travers le prisme du déconstructivisme, ce mouvement architectural qui fragmente les volumes pour créer des formes inattendues et dynamiques. La naissance de ce géant ne s'est pourtant pas faite sans heurts. Bernard Arnault, le président du groupe de luxe commanditaire, rêvait d'un monument capable de marquer son époque. Mais le projet a rapidement rencontré une opposition farouche. Des associations de riverains, inquiètes de voir un tel mastodonte s'élever dans un espace vert historique, ont multiplié les recours en justice. Ils ont même réussi à faire annuler le permis de construire en pleine phase de travaux. Il a fallu l'intervention exceptionnelle de l'Assemblée nationale, qui a voté une loi spécifique déclarant le projet d'intérêt public, pour que les grues puissent reprendre leur ballet. L'autre compromis majeur, ou plutôt la grande dérive de ce projet, fut financière. Si le budget initial était estimé à une centaine de millions d'euros, le coût final a frôlé les huit cents millions. Cette somme astronomique a d'ailleurs attiré l'attention de la Cour des comptes en France, car la construction a bénéficié de déductions fiscales massives au titre du mécénat d'entreprise. Aujourd'hui, la Fondation s'est imposée comme un phare culturel incontournable et une véritable prouesse technique. Lors de la conception, Frank Gehry aimait raconter qu'il dessinait toujours ses premiers croquis d'un seul geste nerveux, presque sans lever le stylo. C'est exactement l'impression que laisse le bâtiment terminé. Malgré l'utilisation de logiciels d'ingénierie aéronautique ultra-complexes pour modéliser chaque courbe, l'édifice conserve l'énergie folle et spontanée d'une esquisse jetée sur le papier. Un souffle de vent glacé et majestueux, figé en plein cœur de Paris.

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