95, 99 rue de Richelieu 5bis boulevard des Italiens 2 rue d'Amboise, Paris 2e
Au crépuscule des grands boulevards haussmanniens, alors que la pioche impériale s'acharnait à libérer Paris de son lacis médiéval, le Passage des Princes fut paradoxalement le dernier soupir architectural d'une typologie vouée à l'extinction : le passage couvert du XIXe siècle. Autorisé par un arrêté de 1860, sa conception même dénote une adaptation aux nouvelles contraintes urbaines, cherchant à créer un raccourci piétonnier entre le boulevard des Italiens et la rue de Richelieu, sur l'emplacement d'un ancien hôtel des Princes, dont il emprunta finalement la désignation nobiliaire. Émanation de la fièvre spéculative du Second Empire, il doit sa conception initiale à l'esprit audacieux, bien que finalement malheureux, du banquier Jules Mirès. Sa galerie, coiffée d'une verrière à double pente où des arceaux métalliques esquissaient de modestes arabesques, offrait, disait-on, une « allure de bon goût » et un « caractère spacieux ». Une sobriété qui, sans doute, convenait aux ambitions commerciales plutôt qu'aux envolées stylistiques, et qui s'inscrivait dans une logique d'efficacité plus que d'ornementation ostentatoire. La postérité immédiate fut toutefois moins clémente avec son instigateur. La faillite retentissante de Mirès, suivie de son incarcération – et du bref sobriquet de « Passage Mazas », du nom de la prison éponyme – ancre l'édifice dans la chronique judiciaire autant que dans l'urbanisme parisien. L'anecdote souligne la volatilité des fortunes et des réputations qui animait alors le monde des affaires. Curieusement, c'est ce même boulevard des Italiens, jouxtant le passage, qui abrita entre 1879 et 1883 la galerie de La Vie moderne de Georges Charpentier, un foyer où exposèrent les figures de l'impressionnisme, offrant un contrepoint culturel inattendu à cette aventure purement mercantile. La vraie singularité du Passage des Princes ne réside peut-être pas tant dans son origine, mais dans sa résurrection post-moderne. Détruit en 1985 pour des impératifs immobiliers, il fut « reconstruit à l'identique » dix ans plus tard par les architectes A. Georgel et A. Mrowiec. Une identité recomposée, bien sûr, où l'angle d'origine fut redressé de manière plus orthogonale, et où des éléments décoratifs, comme cette belle coupole des années 1930 en verre coloré ornée de roses, furent « réemployés » – un euphémisme pour désigner un collage architectural plutôt qu'une stricte renaissance fidèle à l'esprit initial. Ce pastiche architectural questionne la notion même d'authenticité et de pérennité dans le paysage urbain. Ce simulacre d'authenticité continua d'accueillir des enseignes, parfois emblématiques tel le défunt « Village JouéClub », illustrant la perpétuelle adaptation des espaces commerciaux urbains, toujours à la merci des fluctuations économiques et des habitudes de consommation, de la promenade mondaine du Second Empire au commerce ludique contemporain. Le Passage des Princes demeure ainsi, plus qu'un simple trait d'union piétonnier, un palimpseste urbain, témoin des ambitions et des illusions, des faillites et des renaissances d'un Paris en constante métamorphose, parfois au détriment de l'esprit originel.