183, 185, 187 rue Eau-de-Robec 94 rue du Ruissel, Rouen
L'institution que l'on nomme aujourd'hui le Musée national de l'Éducation n'est pas un monument singulier, mais plutôt une entité bicéphale, dont l'histoire et la constitution fragmentée méritent d'être observées avec une certaine acuité. Fondé initialement à Paris en 1879 par Jules Ferry, ce musée pédagogique de l'État se posait alors en instrument de la République pour l'élévation et l'uniformisation de la formation des maîtres. Ses pérégrinations parisiennes, du palais Bourbon au lycée Rollin, puis à l'angle des rues Louis-Thuillier et Gay-Lussac, témoignent d'une institution en quête de son ancrage physique, dont la vocation première était la circulation du savoir et du matériel. Ce n'est que bien plus tard, dans les années 1970, qu'une seconde impulsion vit le jour à Rouen, sous l'égide d'un directeur de Centre régional de documentation pédagogique, regrettant de voir le mobilier scolaire et les manuels anciens destinés à l'oubli. Un geste de sauvegarde pragmatique, recueillant ce qui était considéré comme obsolète, a ainsi jeté les bases d'un fonds complémentaire et essentiel. La réunion de ces deux héritages, concrétisée à Rouen en 1975, puis officialisée en 1980, confère au MUNAÉ sa dimension nationale actuelle. La collection, forte de près de 950 000 objets, embrasse un spectre temporel s'étendant de la Renaissance à nos jours, offrant un panorama matériel de l'évolution des pratiques éducatives, depuis les manuels et le mobilier jusqu'aux supports audiovisuels et aux travaux d'élèves. Cette richesse documentaire est répartie sur deux sites. Le centre d'expositions a pris ses quartiers dans la maison des Quatre Fils Aymon, une demeure du XVe siècle classée monument historique. Cette insertion d'une fonction muséale contemporaine dans une structure vernaculaire ancienne soulève la question de l'adéquation entre le contenant et le contenu, l'édifice historique offrant un cadre pittoresque, mais possiblement contraint pour des scénographies didactiques modernes. Les deux premiers niveaux accueillent l'exposition permanente, tandis que les étages supérieurs sont dévolus aux temporaires. Le centre de ressources, lui, occupe depuis 2010 un bâtiment plus discret, œuvre de l'architecte N. Fahmy, rue de Bihorel. Cet édifice, sans doute plus fonctionnel, abrite les immenses réserves sur 2 500 mètres carrés, une salle d'étude dédiée aux chercheurs, une photothèque et l'ensemble des services administratifs. Il incarne une approche plus utilitariste et pérenne de la conservation et de la consultation, privilégiant l'efficacité logistique à l'expression architecturale d'éclat. En somme, le MUNAÉ présente le visage d'une institution patiemment constituée, où l'urgence de la transmission du savoir par les objets, et la préservation de la mémoire pédagogique, ont dicté une architecture en deux temps, entre le charme d'une bâtisse historique et la rigueur d'un outil contemporain.