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Église Saint-Pierre-Saint-Paul

Église Saint-Pierre-Saint-Paul

Place de l'Église, Rueil-Malmaison

L'Envolée de l'Architecte

L'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Rueil-Malmaison se présente moins comme un unicum architectural que comme une stratification éloquente des époques et des pouvoirs, un palimpseste où chaque strate révèle les ambitions et les vicissitudes de ses illustres commanditaires. Érigée sur des fondations séculaires, dès le VIIIe siècle, et maintes fois altérée, elle fut, après les déprédations de la Guerre de Cent Ans, une église reconstruite dont la première pierre fut posée par un prétendant au trône de Portugal en 1584. Son identité architecturale fut cependant significativement marquée par le sceau du cardinal de Richelieu. Sous sa houlette, Jacques Lemercier, en maître d'œuvre de 1632 à 1635, dota l'édifice d'une façade d'une sobriété classique, non sans rappeler l'élégance contenue qu'il avait déjà manifestée à la Sorbonne. Cette façade, originellement ornée des sculptures de Sarrazin, fut hélas victime de la fureur iconoclaste de la Révolution, ses statues ne retrouvant une présence qu'en 1990, sous une forme contemporaine et prudemment réinterprétée. Le singulier voisinage des armes de Richelieu et de la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité » sur ce frontispice est à lui seul un cours d'histoire gravé dans la pierre. Le XIXe siècle apporta son lot de transformations et d'enrichissements, notamment sous l'impulsion de Napoléon III, désireux de magnifier le souvenir familial. L'architecte Joseph-Eugène Lacroix fut chargé de restaurer et d'étendre l'église entre 1854 et 1857, allongeant le transept et reconstruisant le clocher dans un pastiche du style roman primitif. C'est à cette époque que le portail nord, d'origine Renaissance (1603), fut complété par des armoiries impériales et les initiales de Joséphine et Hortense, un mélange des époques qui témoigne d'une certaine licence historiciste. À l'intérieur, la nef du XVIIe siècle, de quarante mètres de long, offre un volume d'une hauteur respectable, culminant à treize mètres. Mais l'attention est inévitablement attirée par le grand orgue. Après la vente des instruments de Richelieu comme bien national en 1797, Napoléon III offrit un buffet d'orgue florentin du XVe siècle, œuvre de Baccio d'Agnolo, provenant de Santa Maria Novella. Ce transfert audacieux, où le classicisme toscan se voit greffé un instrument de Cavaillé-Coll, révèle un éclectisme impérial qui peut laisser perplexe l'observateur moderne. Parmi les œuvres d'art, la 'Descente de croix' en bronze doré de François Anguier, initialement conçue pour le Val-de-Grâce puis acquise par Napoléon Ier pour Malmaison, trouve ici son ultime et curieuse destination, illustrant les pérégrinations du patrimoine au gré des confiscations et des donations. Mais la véritable renommée de l'église réside dans sa fonction de nécropole impériale. Elle abrite les tombeaux de Joséphine et d'Hortense de Beauharnais. Le monument de l'impératrice, œuvre de Berthault et Cartellier, est une composition néo-classique d'une gravité calculée, représentant Joséphine en orante, une pose de piété qui ne dénuait pas de dignité impériale, exécutée en marbre de Carrare. L'anecdote de son corps patientant près de neuf ans dans la cave du presbytère voisin avant son installation en 1825 apporte une touche de bathos à cette grandeur posthume. À ses côtés repose son oncle, Robert Marguerite Tascher de la Pagerie, sur son vœu. Le mausolée d'Hortense, quant à lui, est le fruit d'un second choix impérial : Napoléon III rejeta une première version de Bartolini, jugée peut-être trop sobre, pour préférer celle de Jean-Auguste Barre, plus conforme à l'esthétique du Second Empire, avec Hortense à genoux accompagnée d'un ange, ses attributs royaux et musicaux à ses pieds. Elle-même repose dans une crypte creusée à cet effet, qui accueillit même momentanément le cercueil de la duchesse d'Albe, sœur de l'impératrice Eugénie, en transit vers l'Espagne. Cette église, ainsi, se révèle être moins une œuvre unifiée qu'un miroir des ambitions et des déchéances, des restaurations et des appropriations, un témoin éloquent de la persistance humaine à fixer la mémoire, même au prix d'un certain désordre stylistique.