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Fontaine de Beaune-Semblançay

Fontaine de Beaune-Semblançay

Jardin de Beaune-Semblançay, Tours

L'Envolée de l'Architecte

Il est une observation singulière que l'utilité, souvent, précède l'ornementation en matière d'édifice public. La fontaine de Beaune-Semblançay, érigée au début du XVIe siècle à Tours, en est une illustration éloquente, née d'une impérieuse nécessité d'approvisionnement en eau pour une cité en expansion. L'ancienne adduction gallo-romaine s'avérant obsolète, et le modeste captage royal de 1475 insuffisant, la ville se tourna, en 1507, vers les compétences de Pierre de Valence, maître fontainier rouennais. Son ingéniosité permit de dériver les eaux du Limançon, au sud de la ville, les acheminant par simple gravité à travers le Cher pour alimenter plusieurs fontaines publiques, dont celle qui nous occupe.L'objet, tel qu'il fut conçu et réalisé par Bastien et Martin François, neveux par alliance du sculpteur Michel Colombe, dont l'atelier tourangeau dominait alors la production artistique régionale, se distingue par une dualité de matériaux et de financement. Le bassin, de modeste facture en pierre volcanique de Volvic, fut assumé par les deniers municipaux. Surplombant cette assise fonctionnelle, une pyramide élancée de quatre mètres vingt, assemblée de blocs de marbre venus de Gênes, atteste de la munificence, ou du moins de l'ambition, de Jacques de Beaune, qui en assuma les frais. Cette partie supérieure, bien plus ostentatoire, arborait les monogrammes entrelacés de Louis XII et d'Anne de Bretagne, mêlés aux blasons royaux et de la ville – dont les lys furent, comme il se devait, consciencieusement effacés sous le souffle révolutionnaire – ainsi qu'à celui de la famille de Beaune. Un couronnement plus complexe, fait d'une terrasse florale supportant une couronne et un crucifix, parachevait autrefois l'ensemble, avant que les vicissitudes du temps et des idéologies n'en altèrent la composition originelle.Le périple de cette fontaine à travers le tissu urbain tourangeau est en soi un récit. Initialement ancrée au Carroi de Beaune, carrefour stratégique et voisin de l'hôtel particulier éponyme, elle fut déplacée en 1777, contrainte à un stockage temporaire pour céder le pas aux grandes percées urbanistiques du XVIIIe siècle. Elle ressurgit en 1820 sur la Place du Grand-Marché, sa fonction utilitaire prévalant alors, offrant son débit constant aux commerçants et passants. Ce n'est qu'en 1958 qu'elle retrouva une forme de quiétude, réintégrée au jardin de Beaune-Semblançay, non loin de son site primitif, témoignant ainsi de sa remarquable capacité à s'adapter, sans jamais cesser de dispenser son eau, jusqu'à une période récente.Sa longévité fut malheureusement mise à l'épreuve en 2012, où un acte de vandalisme la priva d'une partie substantielle de son faîte, amputant plus d'un mètre de sa hauteur. Ce dommage, conjugué aux outrages de cinq siècles de fonctionnement quasi ininterrompu, a nécessité l'intervention de la Fondation du patrimoine. Un projet de restauration est en cours, visant à réparer les erreurs passées, à restituer les éléments perdus et à nettoyer la pierre, avec une décision notable de ne pas remettre la fontaine en eau. Une sorte de repos bien mérité pour une structure qui, après avoir si longtemps servi à l'hydratation de la cité, deviendra un monument à sa propre histoire, une évocation plutôt qu'une source vivante, marquant le passage de l'utilitaire au purement mémoriel.