Voir sur la carte interactive
Maisondes Gondi

Maisondes Gondi

15, 17 montée Saint-Barthélémy, 5e arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

Le Palazzo Gondi, érigé au cœur de Florence par Giuliano da Sangallo, ne fut achevé qu'après la disparition de son commanditaire, Giuliano Gondi. Ce détail, en soi, dessine le portrait d'une ambition familiale qui transcende l'individu, une propension à ancrer sa fortune et son prestige dans la pierre durable. L'édifice, caractéristique des palais seigneuriaux florentins du Quattrocento, se distingue par la noblesse de ses proportions et une ornementation mesurée. Il témoigne de l'ascension de cette lignée de banquiers florentins, les Gondi, dont la réussite financière s'est traduite par une assertion architecturale discrète mais puissante, loin de l'ostentation flamboyante. La façade, aux lignes claires et aux bossages rustiques, n'est pas sans évoquer une certaine austérité, celle d'une puissance économique solidement établie, préférant la gravité à la légèreté. La Cappella Gondi, au sein de la basilique Santa Maria Novella, offre un autre aperçu de cette ambition. Initialement parée de fresques, elle fut transformée par les Gondi en un écrin de marbre blanc, de miroirs et de colonnes de marbre noir. Cette évolution stylistique, passant du chromatisme mural à une minéralité plus sombre et réfléchissante, illustre les changements de goût au fil des siècles, mais aussi une volonté constante d'apposer leur marque sur un lieu de dévotion. L'attrait principal de cette chapelle réside aujourd'hui, ironiquement peut-être, dans le Crucifix de Filippo Brunelleschi, une œuvre d'art majeure qu'ils ont su intégrer à leur patrimoine spirituel. Une preuve, s'il en fallait, que l'appropriation artistique est souvent un corollaire de la puissance financière. La devise de la famille, Non sine labore, non sans labeur, résume avec une justesse cynique le parcours de cette dynastie. De leurs racines florentines de banquiers et partenaires des Médicis, ils ont su transplanter une branche en France, qui s'est distinguée avec une remarquable capacité d'adaptation. Antoine de Gondi, puis son fils Albert, furent des figures clés de cette francisation, se hissant au rang de maréchaux et de cardinaux. La notoriété du cardinal de Retz, Jean-François Paul de Gondi, dont les frasques politiques agitèrent la cour de Louis XIV, conféra à la lignée une aura sulfureuse, bien loin de la retenue des bâtisseurs florentins. C'est avec une certaine ironie du sort que l'on observe la participation des Gondi à l'émergence de Versailles. Albert de Gondi acquiert les seigneuries de Noisy-le-Roi et Versailles à la fin du XVIe siècle, y faisant édifier un modeste château dont il ne reste aujourd'hui que la Porte de Gondi. Ces terres, prisées pour la chasse, devinrent le prélude au domaine royal. L'héritier d'Albert, l'archevêque Jean-François de Gondi, céda une partie du domaine à Louis XIII, qui y construisit son pavillon de chasse, germe du futur château de Louis XIV. Ainsi, sans même l'avoir pressenti, cette famille transalpine a paradoxalement posé les premières pierres de ce qui deviendrait le symbole absolu de la monarchie française, un monument dont la démesure allait éclipser la relative sobriété de leurs propres réalisations. Le mémorial d'Albert de Gondi à Notre-Dame de Paris rappelle, quant à lui, la pérennité de leur empreinte, même lorsque le souvenir de leurs édifices directs s'estompe derrière des gloires plus éclatantes. Une histoire faite de fondations discrètes et de destinées grandioses, souvent à l'insu de leurs architectes ou de leurs commanditaires initiaux.