10 quai Turenne, Nantes
L'immeuble du 10 quai Turenne, érigé au XVIIIe siècle, se présente comme un spécimen assez caractéristique de l'architecture nantaise de cette période faste. Sa situation même, sur l'Île Feydeau, n'est pas fortuite : elle témoigne de la volonté urbaine et politique de remodeler la cité portuaire, offrant à la bourgeoisie marchande un cadre à la mesure de sa prospérité croissante. L'Île Feydeau, vaste chantier d'assainissement et de construction, fut un projet audacieux visant à transformer un ancien marécage en un ensemble ordonnancé de quais et d'hôtels particuliers, symboles de la puissance économique de la ville. L'édifice, de par sa composition, adhère aux principes classiques en vogue. On y discerne une façade sobrement rythmée par l'alignement des baies, souvent rehaussées de simples encadrements en pierre de taille, contrastant avec l'appareil plus rustique du rez-de-chaussée. La pierre de tuffeau, venue des carrières ligériennes, devait alors côtoyer le granit local pour les soubassements, offrant un jeu de textures et de teintes discrètes. La rigueur de ces façades n'excluait pas, çà et là, quelques éléments de ferronnerie aux balcons, ajoutant une note d'élégance contenue. L'ensemble dégage une impression d'ordre et de solidité, qualités appréciées par des commanditaires soucieux de leur image. Il n'y a là ni audace particulière, ni fantaisie exubérante, mais plutôt une application consciencieuse des codes architecturaux de l'époque, traduisant un pragmatisme teinté de respectabilité. L'inscription au titre des monuments historiques en 1986 ne salue pas tant une œuvre d'exception qu'un fragment représentatif d'un tissu urbain remarquablement préservé. Cet immeuble, comme ses voisins, contribue à la cohérence et à la majesté discrète de ce quartier, dont l'histoire est indissociable de celle du commerce transatlantique et de la fortune qu'il engendra. Il s'agit d'une pièce du puzzle, discrète mais essentielle, de l'identité architecturale nantaise du Siècle des Lumières.