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Maison Diamantée

Maison Diamantée

13 rue de la Prison, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice marseillais connu sous le nom de Maison Diamantée offre, dès le premier regard, une façade dont la singularité frappe l'observateur habitué aux ordonnances plus classiques. Son appareillage, constitué de bossages en pointe de diamant, confère à ses murs une texture minérale presque organique, une audace sculpturale qui défie la linéarité et le plat. Cette technique, héritée de l'Italie de la Renaissance et du Maniérisme, que l'on retrouve avec éclat au Palais des Diamants de Ferrare ou sur la façade du Gesù Nuovo à Naples, témoigne à Marseille d'une aspiration à l'exubérance formelle, bien loin des convenances austères. Érigée vraisemblablement entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle, sur ce qui fut les jardins du palais de Provence, cette demeure fut le fruit de commanditaires dont la richesse, souvent liée au commerce portuaire, permettait d'afficher un goût certain pour une magnificence qui n'avait rien de provincial. Elle fut le théâtre de la vie de familles notables, les Saboulin Bollena et les Castellane Majastre, dont les noms résonnent encore dans les annales locales, participant aux affaires publiques et à l'économie florissante de la cité phocéenne. Le temps et les vicissitudes de l'histoire ont cependant conféré à cet hôtel particulier un destin moins linéaire. Longtemps identifiée par une tradition populaire tenace, quoique historiquement infondée, comme l'ancienne résidence du Roi René, la Maison Diamantée connut les déclins propres aux grandes fortunes et aux architectures négligées. À la fin du XIXe siècle, l'opulence d'antan avait fait place à une occupation plus modeste, voyant s'y succéder des travailleurs du port et des populations immigrées, un curieux contraste avec ses origines aristocratiques. C'est à l'aube du premier conflit mondial, en 1914, que la maison, alors dans un état de délabrement avancé, fut soustraite à l'oubli par l'association « Art et Charité », prélude à sa transmission au Comité du Vieux-Marseille. Ce geste a sans doute évité sa disparition pure et simple, assurant son classement au titre des monuments historiques dès 1925. Après des décennies où elle abrita le Musée du Vieux Marseille, devenant ainsi le réceptacle de la mémoire matérielle de la ville, ses collections furent finalement intégrées au Musée d'histoire. La vocation culturelle de l'édifice s'est ensuite progressivement diluée. Si elle servit un temps de siège à l'organisation de Marseille Provence 2013, capitale européenne de la culture, on observe aujourd'hui une dérive plus prosaïque. L'administration municipale y a installé ses bureaux, détournant ce monument emblématique de son rôle patrimonial et public, malgré les protestations du Comité du Vieux-Marseille. C'est là, peut-être, l'ironie ultime pour une bâtisse dont la façade semble taillée pour l'éternité et la contemplation, mais dont le cœur bat désormais au rythme des dossiers administratifs. Une destinée qui, bien que pratique, semble trahir l'esprit de ceux qui l'ont jadis sauvée.