68 rue Royale, Lille
L'Ancien Hôtel de l'Intendance à Lille, à l'origine connu sous le nom d'Hôtel de Wambrechies, se révèle moins comme un monument d'une seule époque que comme une succession de palimpsestes architecturaux et fonctionnels. Érigé entre 1685 et 1703 pour Nicolas François Faulconnier, seigneur de Wambrechies, il adoptait la configuration classique de l'hôtel particulier à la française, ordonnançant un corps de logis principal entre cour d'honneur et jardin. Cette composition initiale, empreinte d'une élégance mesurée du grand siècle, ne devait pas tarder à subir des métamorphoses significatives. L'acquisition par le Magistrat de Lille en 1784-1785 marqua un tournant. L'architecte Michel-Joseph Lequeux fut alors sollicité pour remodeler l'édifice à la mesure des ambitions de Charles d'Esmangart, intendant de Flandre et d'Artois. C'est durant ces travaux, en 1786, que Lequeux connut une fin prématurée et brutale, poignardé par un jardinier, anecdote macabre qui teinte la genèse de son œuvre néoclassique. À cette période, l'hôtel se pare d'un avant-corps monumental, jadis articulé autour d'un péristyle ouvert dont les colonnes doriques en marbre blanc portaient un étage supérieur aux colonnes ioniques, l'ensemble couronné d'un fronton triangulaire. Une aile nord, initialement conçue en trompe-l'œil, fut matérialisée, conférant une nouvelle symétrie à l'ensemble. L'adjonction d'une vaste galerie, servant de salle de bal et s'ouvrant sur le jardin, soulignait une aspiration à la magnificence propre aux demeures de l'Intendance. La Révolution française, fidèle à sa nature transformatrice, modifia profondément l'affectation de l'hôtel. Devenu Quartier Général, il eut l'honneur, en 1803, d'accueillir le Premier Consul, Napoléon Bonaparte, une visite dont la portée eut des répercussions territoriales en scellant le destin de Lille comme nouvelle préfecture. En 1825, l'édifice endossa ce nouveau rôle, entraînant de nouvelles adaptations fonctionnelles : la salle de bal fut rehaussée d'un étage pour y loger le cabinet du préfet et la salle du conseil général, répondant ainsi aux exigences croissantes de l'administration moderne. Le parcours de l'hôtel ne s'arrêta pas là. Après le départ de la préfecture en 1872, il fut brièvement le berceau de l'Université Catholique de Lille, un usage transitoire et presque providentiel, précédant même la promulgation de la loi Wallon sur la liberté de l'enseignement supérieur. Il devint alors un lieu de savoir, abritant facultés de droit et de lettres. L'expulsion des religieuses en 1904 et son rachat par la comtesse Boselli-Scrive en 1908 préfigurèrent sa destination actuelle. En 1913, avec l'érection du diocèse de Lille, l'hôtel se vit confier la dignité de siège épiscopal, puis archiépiscopal en 2008, un rôle qu'il continue de remplir. L'édifice, protégé au titre des monuments historiques depuis 1927, présente une stratification d'interventions. Le raffinement classique du début du XVIIIe siècle se mêle à la rigueur néoclassique de la fin du XVIIIe siècle, puis aux ajustements pragmatiques du XIXe siècle, avant des restaurations plus contemporaines. Chaque strate architecturale raconte une histoire d'adaptation et de pérennité, où le cadre d'un pouvoir fluctuant a trouvé, in fine, sa rédemption dans le sacré.