1, place d'Athènes, Strasbourg
La Faculté de Droit de Strasbourg, institution au parcours historique remarquablement chahuté, n'incarne pas tant une lignée continue qu'une succession d'adaptations et de refondations. Son bâtiment principal, érigé en 1962 par Roger Hummel sur la place d'Athènes, offre un plan en vue aérienne qui, par une heureuse coïncidence ou une intention subtile, évoque la forme d'une balance. Cette symbolique, pertinente pour le temple du droit, s'inscrit dans l'esthétique fonctionnaliste de l'après-guerre, une sobriété d'expression saluée par son inscription aux monuments historiques et son label Patrimoine du XXe siècle. L'institution elle-même, dont les racines remontent à la Haute-École de 1538, a navigué entre les allégeances successives, du quasi-monopole protestant au statut d'École spéciale de droit napoléonienne. La rupture de 1870, avec l'intégration à l'Empire allemand, fut brutale. L'université française céda la place à l'université impériale, où le recrutement des professeurs s'opérait, de manière assez éloquente, selon des critères politiques, afin d'incarner un prétendu esprit allemand. Le revirement après 1918 fut tout aussi radical, imposant une francisation totale, bien au-delà d'un simple retour aux traditions d'antan, et assignant même aux juristes la tâche d'organiser l'application du droit français en Alsace-Moselle. Au-delà des changements de souveraineté, la faculté se distingue par sa capacité à maintenir des spécificités pédagogiques locales. Dès le début du XIXe siècle, elle se singularisait par un intérêt marqué pour l'histoire du droit et le droit germanique, ainsi que par l'introduction de cours supplémentaires, dits gratuits ou volontaires. Ces initiatives, souvent soutenues par la société civile désireuse de répondre à des besoins pratiques, permirent l'émergence précoce d'enseignements en droit des gens, avec une chaire dédiée en 1829 attirant de nombreux futurs diplomates, ou en droit commercial. Ces dérogations aux cadres nationaux démontrent une flexibilité et une réactivité singulières. Aujourd'hui, outre le bâtiment principal et ses quatre amphithéâtres dédiés à d'illustres professeurs tels qu'Aubry et Rau, l'institution s'appuie sur des structures annexes comme l'Escarpe, abritant des bibliothèques de recherche, et Athéna. Le bâtiment Platane, plus modeste, marque quant à lui une présence éphémère, destinée à disparaître pour faire place à de nouvelles infrastructures sportives, rappelant que même au cœur d'une institution séculaire, l'architecture reste souvent une affaire de contingences.