13 rue des Amiraux 4, 6 rue Hermann-Lachapelle, Paris 18e
Le projet de l'Immeuble et de la Piscine des Amiraux, conçu par Henri Sauvage entre 1922 et 1927, s'inscrit avec une certaine ambivalence dans le grand mouvement hygiéniste qui animait l'architecture du début du XXe siècle. Il ne s'agissait pas seulement de loger, mais de « bien loger », selon des critères de salubrité que la modernité naissante commençait à formuler. Sauvage, déjà partie prenante de la Société anonyme de logements hygiéniques à bon marché, répondait ici à une commande de la Ville de Paris pour une « habitation à bon marché », un oxymore souvent lourd de compromis. L'immeuble lui-même, en béton armé, déploie sur sept niveaux une façade en gradins, principe déjà expérimenté par l'architecte rue Vavin. Cette typologie, audacieuse pour l'époque, visait à maximiser l'ensoleillement et la ventilation de chaque logement, offrant ainsi à tous un balcon, une respiration extérieure. Une intention louable, assurément. Cependant, cette générosité spatiale fut la source de vives critiques, essentiellement pour la « perte de place » qu'elle entraînait, diminuant de fait le nombre d'appartements réalisables – une tension constante entre l'idéal architectural et les impératifs économiques du logement social. L'esthétique, quant à elle, conjugue fonctionnalité et une certaine rigueur. Les façades sont entièrement revêtues de carreaux de faïence blanche, issus des établissements Boulenger de Choisy-le-Roi. Ce choix, loin d'être anodin, répondait à la fois à une quête de luminosité et à une exigence d'entretien facile, incarnant l'idée de propreté immaculée si chère aux hygiénistes. Paradoxe amusant, et révélateur d'une certaine désorganisation fonctionnelle, les caves des résidents furent étrangement logées aux quatrième et cinquième étages, une disposition qui interroge la logique pragmatique derrière le grand dessin. Au cœur de cet ensemble résidentiel, là où Sauvage avait initialement envisagé d'installer un cinéma, la Ville de Paris imposa une piscine publique, finalement inaugurée en 1930. Cette transformation forcée du programme central donne à l'édifice une identité singulière. Le bassin, de trente-trois mètres sur dix, est entouré, aux premier et second étages, d'un dispositif de vestiaires étonnamment archaïque et charmant. Point de casiers à monnaie ici ; l'usager, après s'être changé dans sa cabine numérotée, la verrouille d'un claquement sec. À la sortie du bain, c'est un employé qui doit, d'une main experte, la débloquer pour restituer les effets personnels – une survivance d'un service à l'ancienne que l'on retrouve également à la piscine Pontoise, et qui confère à l'expérience une dimension presque rituelle, anachronique et singulière. L'œuvre de Sauvage aux Amiraux, classée monument historique en 1991, a fait l'objet de plusieurs campagnes de restauration, témoignant de la fragilité de certains matériaux choisis pour leur modernité. Les céramiques, les menuiseries, la structure même de la piscine – dont l'acier a souffert de la corrosion due à l'humidité ambiante – ont nécessité des interventions successives, sous la houlette d'architectes en chef des monuments historiques. C'est ainsi que l'édifice, loin d'être une relique figée, continue d'être un sujet d'étude et d'intervention, une démonstration des défis de la pérennité architecturale. Sa présence dans le film « Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain » lui a conféré, par ailleurs, une place inattendue dans l'imaginaire collectif, loin des préoccupations hygiénistes de son concepteur, mais illustrant la capacité de l'architecture à s'inscrire durablement dans la mémoire des lieux.