Place des Cordeliers, 2e arrondissement, Lyon
L'église Saint-Bonaventure, nichée au cœur de la Presqu'île lyonnaise, présente une particularité géographique et historique notable : elle demeure le seul vestige médiéval de son secteur, ayant survécu aux ambitions démolisseuses du second Empire et à la modernisation du préfet Vaïsse. Son orientation, axée vers le sud plutôt que le traditionnel est, trahit déjà une singularité dans le paysage gothique de l'époque, dictée sans doute par la trame urbaine naissante ou les contraintes foncières. Édifiée à partir du début du XIVe siècle par les Cordeliers, ces frères mineurs franciscains dont l'ordre prônait l'austérité, l'édifice originel fut conçu dans une simplicité architecturale revendiquée. Point de chapiteaux ornés sur les colonnes octogonales, mais une fonctionnalité structurelle qui transparaît dans chaque pierre de taille jaune clair, ajustée sans fioriture excessive. La grande nef, relativement basse, est flanquée de collatéraux, dessinant un plan basilical classique sans transept, fidèle à une esthétique dépouillée. Toutefois, cette ascèse initiale fut progressivement tempérée par l'expansion des chapelles latérales, dix-sept au total, ajoutées du XVe au XVIe siècle par les confréries de métiers. Ces extensions firent passer la largeur de l'église de vingt-cinq à près de trente-cinq mètres, créant ainsi cette proportion étonnante où l'édifice est manifestement plus large que haut, une inversion des hiérarchies spatiales souvent perceptible par le visiteur. Ces chapelles, devenues le terrain d'expression des corporations, offrent un kaléidoscope de styles, du gothique flamboyant de la chapelle du Sacré-Cœur, avec ses clefs de voûte pendantes et ses nervures exubérantes, au néo-gothique plus tardif, teinté de romantisme. La façade, autrefois modeste et enduite, connut une transformation radicale vers 1860 sous l'impulsion de Claude-Anthelme Benoit. Face à la magnificence ostentatoire du Palais de la Bourse, nouvellement érigé, la basilique ne pouvait plus se permettre une telle indigence visuelle. Benoit, confronté à la largeur excessive du bâti, opta pour un doublage en grand appareil et un rehaussement astucieux du pignon central, agrémenté de pinacles et de statues, dont celles de saint Bonaventure et saint Antoine de Padoue. Il s'agit là d'une tentative manifeste d'imposer une verticalité et une richesse décorative qui n'étaient pas inhérentes à la conception première, un compromis dicté par le contexte urbain et le désir de prestance. Les vitraux de Saint-Bonaventure racontent aussi l'histoire, non seulement théologique mais également celle de la ville. Les souffles de l'histoire, notamment l'explosion du pont Lafayette en 1944, ont détruit une part significative des verrières. Les créations du XIXe siècle, comme celles d'Émile Thibaud aux teintes denses, ou les scènes renaissantes de Louis Steinheil, côtoient désormais les œuvres audacieuses du XXe siècle de Louis Charrat et Joséphine Lamy-Paillet. Ces dernières, avec leurs larges compositions narratives et leurs légendes en français, situées à hauteur d'homme, offrent une lecture plus directe, presque didactique, des récits bibliques et de l'histoire lyonnaise, dont le baptême de Clovis. C'est un dialogue saisissant entre une tradition iconographique séculaire et une modernité affirmée. L'orgue, quant à lui, est une superposition d'époques et de technologies. Depuis le XVIIe siècle, l'instrument a été victime des guerres, de l'indigence révolutionnaire et des aléas du temps. Les reconstructions successives par Callinet, puis les innovations de Merklin avec l'introduction de l'électricité, et enfin les restaurations par Michel Merklin et Kuhn, sous l'impulsion de personnalités comme Marcel Paponaud, ont façonné un instrument complexe. Aujourd'hui, avec ses soixante-huit jeux et sa technologie numérique, il incarne un témoignage éloquent des évolutions organistiques sur plusieurs siècles. La basilique abrite également la Vierge du Pilier de Marco Benefial, une œuvre que certains critiques, non sans une certaine emphase, considèrent comme l'une des plus belles de la ville. Cet éclectisme, tant dans les styles que dans les époques, confère à Saint-Bonaventure un caractère composite, reflet des aléas et des adaptations nécessaires au fil des siècles.