Rue de Stalingrad Rue Émile-Bougard, Arcueil
L'Aqueduc Médicis, plus qu'une simple entreprise hydraulique, incarne l'ambition d'une régente, Marie de Médicis, soucieuse d'agrémenter son palais du Luxembourg et ses jardins d'eaux vives. Érigé au XVIIe siècle, il se révèle moins un geste philanthropique global qu'une réponse ciblée aux besoins d'une cour et d'une élite parisienne, la rive gauche étant alors singulièrement délaissée en matière d'adduction d'eau. La tradition, qui voulait que le souverain pourvoie à l'assainissement de sa capitale, fut ici teintée d'un pragmatisme éminemment personnel. Les travaux, débutés en 1613 sous la houlette de Jean Coingt puis de son gendre Jean Gobelain, furent marqués par la pose solennelle de la première pierre du grand regard de Rungis par le jeune Louis XIII, un acte protocolaire qui masquait la vaste étendue du labeur souterrain. Ce monument, essentiellement invisible, se compose d'une galerie souterraine d'environ un mètre de large sur 1,75 mètre de hauteur, une voûte en plein cintre édifiée en meulière et caillasse, chaînée de pierres de taille. Une cunette centrale permettait l'écoulement gravitaire des eaux, avec une pente moyenne infime, témoignage d'une maîtrise technique remarquable pour l'époque. Sa pérennité force le constat : peu de reconstructions furent nécessaires, hormis quelques adaptations aux glissements de terrain ou aux infrastructures modernes. C'est une endurance silencieuse, loin des fastes des architectures de surface. La logique de son tracé, d'ailleurs, se voulait discrète, traversant des propriétés privées sous le joug d'une servitude, illustrant la primauté de l'intérêt public, ou plutôt, de l'intérêt royal, sur la propriété individuelle. En surface, les regards ponctuent le parcours, ces édicules discrets permettant l'accès et la décantation. Parmi eux, le pavillon du Fontainier, Regard no 27, était bien plus qu'une simple trappe : il abritait le logis du fontainier royal et organisait la distribution des eaux, hiérarchisée, entre le roi, la ville et les communautés religieuses. Un véritable marché se développa autour des concessions de pouces d'eau, révélant la valeur économique de cette ressource. On notera, par exemple, l'éclectisme de certains regards, tel le no 25, dont l'architecture s'inspire, avec une certaine audace, du mausolée de Cyrus, une fantaisie qui dénote un souci esthétique malgré la fonction utilitaire. Le seul ouvrage d'art réellement monumental de l'aqueduc est le pont d'Arcueil-Cachan, signé par Thomas Francine et Louis Métezeau. Il enjambe la vallée de la Bièvre, avec ses dix-huit travées et neuf arcades en plein cintre, se superposant en partie à l'antique aqueduc de Lutèce et préfigurant l'aqueduc de la Vanne, une sédimentation architecturale qui atteste de la constance des besoins urbains. L'eau, jadis réputée pour sa limpidité, puisée des sources de Rungis, fut malheureusement victime de l'urbanisation galopante du XXe siècle, devenant impropre à la consommation. Une ironie du sort pour un ouvrage destiné à la vie, transformé en simple acheminement d'une ressource dont la qualité se dégrade au fil du progrès, un témoignage éloquent de la dialectique entre l'ingéniosité humaine et les conséquences inattendues de son développement.