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Pfälzerhaus

Pfälzerhaus

6, rue Pierre-Bucher, Strasbourg

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice désigné, curieusement, sous l'appellation de Pfälzerhaus, au numéro six de la rue Pierre-Bucher, s'inscrit avec une certaine emphase dans le tissu urbain de la Neustadt strasbourgeoise. Sa masse imposante, érigée entre mil neuf cent quatre et mil neuf cent sept par l'architecte Paul Fridolin, témoigne d'une période où l'expression architecturale se devait d'affirmer la puissance d'une administration impériale. Il n'est point ici question d'une humble demeure palatine, mais bien d'une ancienne Chambre de Commerce et d'Industrie, dont le style néo-Renaissance, mâtiné de quelques inflexions néo-baroques, constitue un parfait archétype de la magnificence wilhelminienne. L'analyse de ses façades, édifiées en grès des Vosges, révèle une prédilection pour une monumentalité savamment orchestrée. Le plein, dominé par l'appareillage rustiqué du soubassement, puis par une maçonnerie de pierre de taille d'une exécution irréprochable, confère à l'ensemble une gravité certaine. Les percements, fenêtres et portes, sont généreusement dimensionnés, mais rigoureusement ordonnancés, ménageant un rythme régulier qui souligne l'ordre et la fonction administrative. Le rapport entre le plein et le vide n'est pas tant une recherche de légèreté qu'une affirmation de la solidité institutionnelle. Les pilastres, les colonnes engagées et les entablements qui scandent les niveaux supérieurs concourent à cette impression de grandeur. La richesse ornementale, loin d'être gratuite, se veut didactique. Des sculptures allégoriques, figures représentant le Commerce et l'Industrie, ornent les tympans et les niches, proclamant sans ambages la vocation économique et la prospérité que l'occupant allemand entendait insuffler à la région. C'est une architecture qui parle, et qui parle fort, de sa fonction et de l'idéologie qui l'a portée. Les détails de ferronnerie, les balcons ouvragés et les lucarnes sommitales ne sont que des ponctuations élégantes à cette partition monumentale. Ce bâtiment, inscrit au titre des monuments historiques depuis deux mil huit, s'inscrit dans un mouvement architectural plus vaste, celui de la création de la Neustadt, où chaque édifice public était conçu pour impressionner et incarner l'autorité du Reich. L'architecte Fridolin, dont la carrière fut marquée par plusieurs réalisations d'envergure dans la région, a su ici manier avec habileté les codes historicistes pour produire une œuvre qui, par sa solennité, se voulait intemporelle. Les compromis financiers, s'il y en eut, furent manifestement mineurs face à l'ambition de présenter une façade impeccable à l'Europe. Il est parfois amusant d'observer comment les toponymes évoluent ou se fixent. Que ce bâtiment, jadis symbole de l'efficacité administrative allemande, soit aujourd'hui parfois désigné par un nom évoquant des princes palatins d'un autre âge, souligne une certaine réappropriation mémorielle, ou peut-être une confusion charmante. Quoi qu'il en soit, son existence est une matérialisation de l'histoire strasbourgeoise, une pierre angulaire, si l'on ose dire, d'une période révolue dont l'empreinte reste visible et palpable. Son impact culturel réside précisément dans cette capacité à incarner, sans équivoque, les ambitions d'une époque, aujourd'hui objet d'étude plus que d'admiration aveugle.