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Hôtel des archives départementales de la Gironde

Hôtel des archives départementales de la Gironde

13, 25 rue d'Aviau, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

L'édification de l'Hôtel des Archives départementales de la Gironde, entreprise sous le Second Empire, procède moins d'une impulsion artistique que d'une nécessité administrative impérieuse. Le fonds documentaire, dispersé et malmené pendant des décennies, exigeait une demeure à la fois sûre et digne. En 1857, après des pérégrinations multiples et des abris jugés insuffisants ou précaires, l'idée d'une construction dédiée s'imposa, concrétisée par un décret impérial de 1860. C'est Pierre-Auguste Labbé, l'architecte départemental, qui fut chargé de traduire cette ambition en pierre. Ses plans, validés en 1860, aboutirent à la pose de la première pierre rue d'Aviau en 1862. Le choix de cet emplacement, il faut le noter, fut probablement dicté par des considérations économiques, sacrifiant une visibilité potentiellement plus prestigieuse. L'architecte, soucieux de conférer aux richesses intellectuelles une hospitalité adéquate, dessina un édifice dont la façade, haute de dix-sept mètres, impressionne par sa symétrie et son ordonnance classique. Le rez-de-chaussée présente des pierres de taille ornées de fausses ouvertures en plein cintre, la porte d'entrée elle-même s'inscrivant dans cette forme, rompant avec une rigidité monolithique. Des pilastres corinthiens colossaux s'élancent sur les deux niveaux supérieurs, reliant ainsi la composition verticale. Au second étage, des fenêtres à frontons en plein cintre rappellent le motif du premier niveau, tandis que celles du troisième étage adoptent une simplicité volontaire, écho des principes classiques du XVIIIe siècle. L'intérieur, organisé en U autour d'une cour fermée par une grille, révèle une distribution pensée pour la conservation. Le hall d'entrée est marqué par des colonnes doriques et un grand escalier de pierre. Les ailes latérales, destinées aux magasins, abritent au rez-de-chaussée de vastes salles voûtées. Une anecdote révèle les préoccupations pratiques : malgré la réticence de la commission quant à l'humidité ambiante du quartier, Labbé résolut le problème non par un plancher au rez-de-chaussée, mais par de larges fenêtres garantissant une ventilation salvatrice. Le corps central accueillait le vestibule, une bibliothèque et les bureaux, tandis que l'escalier d'apparat menait au premier étage à la salle de lecture publique et au cabinet de l'archiviste. La sécurité des documents était primordiale : des portes en fonte de 800 kilogrammes isolaient le bâtiment principal des magasins, eux-mêmes construits de matériaux non combustibles tels que la pierre, la brique, le fer et la fonte. La charpente métallique parachève cette ambition de durabilité. Mis en service en 1866, l'Hôtel offrit initialement un espace suffisant. Cependant, l'accumulation inéluctable des fonds conduisit à une saturation post-Seconde Guerre mondiale, rendant nécessaires des aménagements et l'installation de rayonnages métalliques dès 1952. Finalement, cette architecture monumentale, jadis symbole d'une administration soucieuse de son patrimoine, fut supplantée par la croissance exponentielle des archives. L'édifice ferma ses portes au public en 2010, sa fonction originelle transférée à un nouveau bâtiment plus adapté aux exigences contemporaines. Il demeure aujourd'hui un témoin architectural, accessible lors des Journées du patrimoine.