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Salle des fêtes de Lille-Fives

Salle des fêtes de Lille-Fives

91 rue de Lannoy, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'acquisition par la municipalité lilloise d'une propriété privée pour y ériger une salle des fêtes à Fives, au début des années 1920, témoigne d'une ambition urbaine courante à l'époque : doter les quartiers populaires d'espaces de rassemblement, substituant ainsi la fonction publique au domaine privé. Le projet, confié à l'architecte municipal Marcel Cools, révèle une démarche pragmatique, mais non dénuée d'une certaine volonté esthétique, avec un devis qui, pour l'époque, s'élevait à plus d'un million de francs. L'édifice, dont la première pierre fut posée un 14 juillet, pour une inauguration deux ans plus tard, le même jour symbolique, par le maire Roger Salengro, s'inscrit pleinement dans ce contexte républicain et social. Sur le plan architectural, l'ensemble déploie une structure porteuse en béton armé, un choix moderne et robuste, habilement enrobée d'une maçonnerie de briques, matériau local par excellence, conférant à l'ensemble une patine familière. Si la composition générale se réclame d'un néoclassicisme de bon aloi, elle n'en trahit pas moins les hésitations stylistiques de son temps. La façade sur la rue de Lannoy, par exemple, arbore sans complexe un grand motif de soleil couchant en carreaux de céramique émaillée, une incursion franche dans l'Art Déco, une touche de modernité presque didactique. À l'inverse, la façade latérale, orientée vers le square des Mères, se montre plus rigoureusement néoclassique, rythmée par six pilastres imposants. Cependant, l'intégration de trois grandes baies vitrées en ogive, surmontées d'oculi oblongs, introduit une note singulière, peut-être une réminiscence de formes plus vernaculaires ou une concession à une certaine fantaisie. Cette juxtaposition stylistique, loin d'une fusion harmonieuse, témoigne des compromis d'une époque de transition. À l'intérieur, la salle, conçue pour accueillir plus d'un millier de personnes, se déploie en un vaste volume dominé par un unique balcon. Le décor y est constitué de motifs végétaux en staff, une ornementation typique de l'Art Déco de commande, visant à anoblir l'espace sans ostentation excessive. Après des décennies de service, l'édifice connut, comme beaucoup de ses homologues, une période de désaffection, jugé désuet et même peu sûr. Fort heureusement, la préparation de Lille 2004, capitale européenne de la culture, lui offrit une seconde vie. Une réhabilitation complète, achevée en 2003, permit de moderniser l'équipement tout en conservant son esprit. Sa capacité fut ajustée à neuf cents personnes, avec un parterre en parquet de trois cent quarante et un mètres carrés et un balcon réaménagé. La Salle des Fêtes de Fives continue ainsi d'accueillir événements, bals et spectacles, perpétuant, avec un pragmatisme renouvelé, sa mission initiale de rassemblement populaire, réussissant, par une curieuse alchimie, à traverser les âges en conservant juste ce qu'il faut de son passé pour demeurer reconnaissable.