Ableiges
L'église Notre-Dame-de-l'Assomption de La Villeneuve-Saint-Martin, édifice aux dimensions modestes, dissimule derrière son apparente simplicité des vestiges d'une ambition architecturale et une histoire tumultueuse. Bâtie entre 1210 et 1230, elle s'inscrit dans le gothique primitif, témoignant de ce premier élan formel malgré les mutilations et les ajouts qui ponctuent son parcours. Sa fondation par l'abbaye de Saint-Martin de Pontoise la rattachait à une autorité ecclésiastique notable. Cependant, la Révolution française et la suppression de la paroisse au début du XIXe siècle la condamnèrent à un statut de chapelle de secours, entraînant un lent délabrement. Le croisillon sud disparut, de même que le bas-côté septentrional et une grande partie de ses voûtes. L'inscription au titre des monuments historiques en 1931 fut une reconnaissance tardive, incapable d'arrêter la dégradation qui la mena au seuil de la démolition. Il fallut attendre une restauration intégrale en 1988, sous l'impulsion du maire Jacques Darcourt, pour que l'édifice retrouve une dignité formelle, bien éloignée de sa condition passée. À l'intérieur, la nef, d'une brièveté notable avec seulement deux travées, révèle une intention originelle de voûtement. Les supports encore présents, issus pour certains du milieu du XIIIe siècle et d'une facture rayonnante, contrastent avec la sobriété des grandes arcades aujourd'hui bouchées. Leur absence de mouluration et de chapiteaux suggère une perforation tardive dans un mur préexistant, révélant peut-être des contraintes économiques ou une modification de plan en cours d'ouvrage. Le plafond de bois actuel, substitut des voûtes disparues, confère une hauteur inattendue à ce volume restreint. La croisée du transept, de plan carré, et le chœur d'une travée unique, terminant sur un chevet à pans coupés, constituent le cœur architectural le mieux préservé de l'église. Ici, le style gothique primitif s'exprime avec une certaine rigueur. Les arcs-doubleaux à double rouleau et les ogives à l'arête fine entre deux tores sont caractéristiques de l'époque. Les chapiteaux, sculptés de feuilles striées ou de crochets vigoureux, offrent une diversité dans l'expression ornementale, malgré une érosion parfois prononcée. Le chœur, profond et élancé malgré sa hauteur modeste, présente des fenêtres simples, même semi-circulaires, une marque fréquente de l'architecture rurale qui privilégiait la fonctionnalité à l'ostentation. La baie axiale, obstruée par un retable de pierre tardif, témoigne d'une évolution liturgique. À l'extérieur, la silhouette de l'église est certes reconnaissable, mais ne s'illustre pas par une richesse décorative éclatante. Le portail occidental, refait, manque de l'ambition des portails gothiques d'origine. Le clocher, dépourvu de son étage de beffroi, offre une silhouette tronquée. On peut supposer que son achèvement fut compromis, ou qu'un effondrement eut raison de sa partie supérieure, expliquant peut-être la perte des voûtes intérieures. Les contreforts saillants qui épaulent les murs et l'abside sont les principaux éléments structurels visibles, marquant une solidité fonctionnelle. L'appareil régulier en pierres de moyen appareil atteste cependant d'une qualité de construction initiale que la simplicité des fenêtres, sans remplage ni ornementation superflue, ne vient pas démentir. Cette absence de faste reflète sans doute un souci d'économie, pratique courante pour les églises de moindre importance. Parmi le mobilier, une cloche de bronze datée de 1603, œuvre de Nicolas Leclerc, constitue le seul élément classé. Le Christ en croix du XVIe siècle, d'un réalisme notable, et le retable de pierre, mélange de styles Renaissance et Baroque, agrémentent l'espace. Les statues de saint Jacques le Majeur et sainte Barbe, malgré l'effacement de leur polychromie, offrent un aperçu de la dévotion locale. La chaire, avec ses panneaux néo-gothiques, est probablement un ajout de la restauration post-démolition. Aujourd'hui, cette église, sauvée d'une destruction certaine, accueille des messes dominicales quelques fois par an, modeste vestige d'un passé paroissial plus affirmé, désormais précieusement conservé pour sa valeur historique et architecturale, plus que pour son rôle cultuel prééminent.