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Monument au roi Alexandre Ierde Yougoslavie et à Louis Barthou

Monument au roi Alexandre Ierde Yougoslavie et à Louis Barthou

Rue de Rome Boulevard Paul-Peytral, Marseille

L'Envolée de l'Architecte

Au cœur du quartier préfectoral de Marseille, se dresse ce monument, érigé pour pérenniser le souvenir d'un attentat aux répercussions internationales. Il s'agit d'une œuvre commémorative du milieu des années trente, reflétant avec une certaine emphase les préoccupations et le goût de son temps pour une statuaire publique de grand apparat. L'architecte Gaston Castel, figure locale de renom, s'est adjoint les talents des sculpteurs Antoine Sartorio, Louis Botinelly et Élie-Jean Vézien, pour concevoir un ensemble dont la vocation est moins la nuance que l'affirmation. Le dispositif se révèle frontal, déployant une composition classique en son ordonnancement. Au premier plan, quatre figures féminines, drapées, se tiennent deux à deux, présentant de manière presque hiératique les médaillons à l'effigie du roi Alexandre Ier de Yougoslavie et du ministre français Louis Barthou. Cette gestuelle, empruntée aux conventions de la glorification antique, confère à l'ensemble une solennité indéniable, un poids visuel non négligeable. Derrière ce cortège allégorique, un vaste bouclier, élément central, s'adosse à deux colonnes massives. Sur cette surface, le mot Pax s'inscrit en lettres capitales, dominant les armoiries nationales des deux pays. Une sorte de vœu pieux, peut-être, face à la brutalité de l'événement qu'il est censé conjurer. Les colonnes elles-mêmes sont ornées de bas-reliefs narratifs, figurant vraisemblablement des scènes ou des symboles liés à la coopération franco-yougoslave, tandis qu'à leur sommet, deux autres figures féminines incarnent, de manière plus explicite, la Yougoslavie et la France, établies en sentinelles tutélaires. L'usage de la pierre, dont la nature exacte n'est pas précisée ici mais que l'on imagine noble et durable, confère à l'édifice une pesanteur et une permanence recherchées. C'est le langage de la pérennité, taillé dans la masse pour résister à l'oubli. L'assassinat du 9 octobre 1934 sur la Canebière, œuvre du révolutionnaire bulgare Vlado Tchernozemski, fut un choc politique majeur, manquant de peu de déstabiliser une Europe déjà fébrile. Le roi Alexandre Ier fut la cible directe, mais la mort de Louis Barthou, touché par une balle perdue, ajouta une dimension tragique et inattendue au drame, transformant un assassinat politique en une tragédie plus large. Le monument s'élève précisément là où les dépouilles des deux hommes furent veillées, ancrant le souvenir dans une topographie symbolique. Gaston Castel, bien que s'inscrivant dans un certain classicisme régional, a ici livré une œuvre d'une gravité et d'une ampleur qui dépassent la simple commande locale. La réception de l'œuvre, inaugurée après le concours de 1937, fut sans doute celle d'une reconnaissance officielle, saluant la dignité et la force du message. Toutefois, l'esthétique monumentale, parfois perçue comme un peu trop didactique, peut laisser l'observateur moderne dans une certaine distance. L'inscription du monument aux monuments historiques en 2009 témoigne de sa valeur patrimoniale, au-delà de sa seule signification mémorielle, le reconnaissant comme un jalon dans l'histoire de la sculpture publique et de l'architecture commémorative française de l'entre-deux-guerres.