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Lycée Hoche

Lycée Hoche

73 avenue de Saint-Cloud, Versailles

L'Envolée de l'Architecte

L'établissement que l'on nomme aujourd'hui Lycée Hoche à Versailles fut initialement conçu par Richard Mique, architecte familier des allées royales, comme le Couvent de la Reine, inauguré en 1773. Destiné à l'éducation de jeunes filles issues de l'entourage de la cour, l'édifice se dresse avec la sobriété distinguée des constructions de la fin de l'Ancien Régime. Mique, maître d'œuvre du Petit Trianon, y appliqua sans doute les canons d'un classicisme élégant et rigoureux, privilégiant une ordonnance claire et des volumes équilibrés, propres à une institution conventuelle et éducative. La Révolution française, avec sa ferveur iconoclaste et son pragmatisme parfois brutal, déposséda l'Église de ses biens, laissant le couvent traverser une période de profondes mutations. De lieu d'enseignement, il devint tour à tour siège de la Société des Droits de l’Homme, hôpital militaire, puis simple entrepôt de grains, une déchéance fonctionnelle qui en dit long sur les priorités de l'époque et l'indifférence à la vocation première du bâti. Il fallut l'ambition napoléonienne, soucieuse de reconstruire un corps social et une élite, pour que ces murs retrouvent une dignité pédagogique. En 1803, l'ancien couvent fut désigné pour abriter un des trente lycées créés par le Consulat. Le proviseur Dieudonné Thiébault fut alors chargé de la tâche ingrate de remettre en état des bâtiments manifestement dévastés. Ce travail de réhabilitation, étalé sur trois ans, marqua le passage d'une architecture monacale à une institution d'enseignement public masculin. La transformation n'a pas été sans compromis, les cellules des religieuses se muant en dortoirs et salles de classe, un ajustement fonctionnel qui, à l'époque, primait souvent sur le respect de l'intégrité architecturale originelle.Le lycée connut une ascension rapide, devenant en 1809 l'un des huit lycées de première classe de l'Empire, un titre qui attestait de sa capacité à produire des esprits brillants pour les grandes écoles, notamment Polytechnique. Rebaptisé Lycée Hoche en 1888, en hommage au général révolutionnaire, l'établissement est parvenu à traverser les époques, non sans quelques péripéties. Il fut de nouveau réquisitionné en hôpital militaire durant la Grande Guerre, subissant une nouvelle altération de son usage. Plus récemment, les années 2000 furent entachées par des condamnations pour des marchés publics truqués, une anecdote peu glorieuse mais révélatrice des vicissitudes de l'entretien des édifices publics. Il est néanmoins remarquable de constater qu'aujourd'hui, les bâtiments conventuels et la chapelle ont été restaurés et restitués dans la disposition voulue initialement par Richard Mique. La chapelle, classée monument historique dès 1926, conserve d'ailleurs La Crucifixion d'Aubin Vouet, une œuvre du début du XVIIe siècle qui ancre le lieu dans une continuité historique et artistique parfois insoupçonnée. Le Lycée Hoche n'est pas seulement un lieu d'enseignement ; il est une entité vivante, témoin des évolutions institutionnelles et des innovations pédagogiques. Dans les années 1970, il fut même l'un des cinquante-huit lycées pionniers de l'initiation informatique, équipé alors d'un mini-ordinateur Télémécanique T1600, un détail pittoresque pour un cadre d'un tel classicisme. Plus contemporain, un club informatique a même eu l'idée de créer un jeu Virtual Hoche, réinterprétant l'architecture séculaire par le prisme numérique. L'édifice, avec ses bâtiments C, D, S et B, déploie une organisation qui témoigne à la fois de son passé conventuel et de ses nécessités modernes. Le bâtiment C, l'ancien couvent, abrite les cours de lettres et de langues, tandis que le D héberge l'internat et les classes préparatoires, et le S les laboratoires scientifiques. Cette répartition des fonctions est une illustration de la capacité d'un bâti à s'adapter, non sans friction, aux exigences successives de l'histoire, tout en conservant, grâce à des efforts constants de préservation, une part de son âme originelle.