Voir sur la carte interactive
Temple de l'Oratoire du Louvre

Temple de l'Oratoire du Louvre

145 rue Saint-Honoré, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L'Oratoire du Louvre, à bien des égards, incarne l'une de ces stratifications historiques et architecturales dont la capitale a le secret, passant d'un dessein catholique ambitieux à un rôle emblématique du protestantisme français. Érigé sur les fondations mouvantes de l'ancien hôtel de Gabrielle d'Estrées, l'édifice originel, envisagé dès 1621 sous l'égide des Pères de l'Oratoire, se voulait une affirmation architecturale de la Contre-Réforme, s'inspirant ouvertement du prototype jésuite du Gesù à Rome. Clément Métezeau, puis Jacques Lemercier, en ébauchèrent les premiers volumes, dessinant une nef sobre, dotée d'un chœur en abside et d'une chapelle elliptique, répondant aux canons d'une liturgie alors en pleine redéfinition. Cependant, les grands desseins royaux s'accommodent rarement des projets conventuels. Le chantier fut longtemps entravé par les ambitions du Grand Dessein d'Henri IV pour le Louvre, laissant l'église inachevée, une sorte de promesse suspendue au cœur de Paris. Ce n'est qu'au milieu du XVIIIe siècle, sous la direction de Pierre Caqué, que l'Oratoire trouva enfin sa façade définitive, rue Saint-Honoré, ornée de sculptures de Francin et Adam. Caqué s'employa à harmoniser des parties édifiées à plus d'un siècle d'intervalle, une gageure qui confère à l'ensemble une unité de façade, non sans révéler les compromis d'une réalisation étirée dans le temps. Ses travaux de « ragrément » consistèrent, entre autres, à effacer les serliennes des tribunes conçues par Lemercier, témoignant d'une évolution des goûts et d'une volonté d'actualisation stylistique. La Révolution française, dans sa fureur déchristianisatrice, transforma cet ancien lieu de culte royal en magasin pour les décors de l'Opéra et de la Comédie-Française, le mutilant de ses statues et décorations, un sort commun aux édifices sacrés de l'époque. C'est le pragmatisme napoléonien qui, en 1811, lui offrit une nouvelle vocation, l'attribuant au culte réformé de Paris. L'ancienne église catholique devint alors un phare du protestantisme français, une sorte de revanche historique discrètement orchestrée par l'État. Le premier sermon, sur le thème « La nuit est passée, le jour s'est levé », scellait symboliquement cette renaissance. Une porte de l'église Saint-Louis-du-Louvre, démolie pour l'extension du palais, fut d'ailleurs remontée à l'Oratoire, sorte de palimpseste architectural. Au XIXe siècle, les aménagements se poursuivirent, notamment avec l'intervention de Victor Baltard lors de la création de la rue de Rivoli. L'architecte, avec un sens aigu de l'économie des moyens, prolongea le portique d'arcades et réutilisa des balustrades issues des travaux de la place de la Concorde pour dégager le chevet, offrant ainsi une perspective inattendue sur le bâtiment. En 1889, l'érection du monument à Gaspard de Coligny, figure huguenote emblématique, au chevet du temple, est un acte fort, rappelant l'inscription du protestantisme dans l'histoire nationale, un geste audacieux au cœur de Paris. Musicalement, l'Oratoire a également su s'adapter. L'orgue actuel, de Danion-Gonzalez (1962), a connu une destinée singulière : encore en construction en 1961, il fut utilisé par Marie-Louise Girod pour la musique de Francis Seyrig dans le film d'Alain Resnais, *L'Année dernière à Marienbad*. Une sonorité