Voir sur la carte interactive
Immeuble (lycée italien Leonardo-da-Vinci)

Immeuble (lycée italien Leonardo-da-Vinci)

12 rue Sédillot (anciennement n o 18), Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice du 12, rue Sédillot, aujourd'hui l'un des sièges du lycée italien Leonardo-da-Vinci, est un témoignage architectural singulier de la Belle Époque parisienne, œuvre de Jules Lavirotte. Érigé en 1899, il incarne l'exubérance de l'Art nouveau, ce courant délibérément décoratif qui, à l'aube du XXe siècle, cherchait à rompre avec la rigidité néo-classique alors dominante pour imposer une esthétique nouvelle, inspirée des formes organiques et des avancées techniques. Lavirotte, dont la production est marquée par une audace formelle souvent provocatrice, s'est distingué par sa prédilection pour des façades sculptées, véritables manifestes de la liberté plastique. Ici, sans doute, on retrouve cette signature : une composition asymétrique, des lignes sinueuses épousant des motifs floraux ou zoomorphes, une profusion ornementale qui rejette toute austérité haussmannienne. L'emploi de la céramique flammée, vraisemblablement issue des ateliers d'Alexandre Bigot, confère aux surfaces une texture et une iridescence particulières, tandis que le fer forgé des balcons s'épanouit en arabesques végétales, encadrant des baies aux formes inattendues. La dialectique du plein et du vide n'est pas ici résolue par la géométrie stricte, mais par l'organique : les ouvertures ne sont pas de simples perforations, mais des incisions dans la masse, souvent bordées de ressauts sculptés qui brouillent la frontière entre le mur et l'encadrement, créant une enveloppe vibrante, animée d'un constant mouvement. Cet immeuble s'inscrit dans un Art nouveau qui, à Paris, prenait des visages multiples. Lavirotte, souvent plus flamboyant que ses contemporains comme Hector Guimard, n'hésitait pas à pousser les limites du décoratif, s'attirant parfois les foudres des puristes ou l'admiration amusée du public. Ses créations, telles que l'immeuble du 29, avenue Rapp ou le Ceramic Hôtel, sont autant de démonstrations de cette verve audacieuse. Le bâtiment de la rue Sédillot, bien que moins ostentatoire que certains de ses frères aînés, participe de cette volonté de singularité architecturale. Le destin de cet immeuble, initialement conçu comme une demeure privée, prend un tournant historique notable en 1930. Acquis par le gouvernement italien, il devint la « Maison de l'Italie », un lieu d'affirmation culturelle et politique pour le régime fasciste de l'époque. Il est assez piquant de constater comment une architecture célébrant l'individualisme et l'organique, presque une subversion de l'ordre établi par ses lignes libres, fut investie par une idéologie qui prônait la discipline et la conformité. Après la tourmente de la Seconde Guerre mondiale et la Libération, le bâtiment, un temps sous administration française, fut en partie restitué pour héberger l'école italienne, symbolisant ainsi la résilience des liens culturels franco-italiens, formalisés par la convention de 1949. Ce passage de résidence privée à emblème politique, puis à institution éducative, confère à l'édifice une profondeur inattendue. Loin des débats houleux que suscitaient souvent les constructions de Lavirotte à leur inauguration – certains critiques y voyant un manque de 'goût' ou une 'décadence' formelle – l'immeuble a trouvé une nouvelle vocation, celle de pont culturel. Il incarne, à sa manière, les sinuosités de l'histoire et les complexités de la diplomatie, bien au-delà des courbes audacieuses de sa façade.