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Maladrerie Saint-Lazare

Maladrerie Saint-Lazare

38bis rue Blaise-Pascal, Tours

L'Envolée de l'Architecte

Ce fragment de bâti, autrefois maladrerie Saint-Lazare, se dresse à Tours, sur un site dont la pérennité d'occupation fut moins une marque d'éminence qu'une désignation constante à la périphérie. Car, bien avant l'installation d'une léproserie au douzième siècle, les lieux bordaient déjà une antique voie romaine et abritaient une nécropole, des usages éloignés du cœur urbain. L'implantation d'un établissement pour lépreux, initiée probablement par les directives du troisième concile du Latran, n'était donc qu'une nouvelle itération d'une vocation d'éloignement. La chapelle originelle, dédiée à Lazare de Béthanie, s'organisait autour d'une nef de quatre travées, s'achevant à l'est par une abside voûtée en cul-de-four, un ensemble modeste mais fonctionnel, agrandi à la fin du douzième siècle pour accueillir davantage de ces malheureux. Les fouilles archéologiques de 1993, d'une ampleur notable pour une léproserie française, ont révélé l'étendue de cette exclusion sanitaire, exhumant des dizaines de squelettes portant les stigmates de la maladie. L'épidémie de peste noire, au milieu du quatorzième siècle, offrit à l'édifice une nouvelle utilité, sans pour autant le réhabiliter socialement. La lèpre régressant, la maladrerie fut logiquement convertie en hôpital pour pestiférés, conservant ainsi sa fonction de lieu de contention sanitaire. L'appellation du quartier, Sanitas, n'est qu'un écho lointain et ironique de cette histoire de confinement. La fin du dix-septième siècle, avec la disparition des épidémies, marqua une transition. L'établissement passa sous l'autorité d'ordres militaires, puis fut transformé en entrepôts destinés à la mise en quarantaine de marchandises. La Révolution française, dans sa fureur de liquidation des biens d'Église, dispersa les bâtiments, les vouant à des usages profanes : atelier, habitation, dépôt. L'incendie de 1910 acheva de défigurer ce qui restait de l'architecture médiévale. De l'ensemble primitif, ne subsiste aujourd'hui que la façade ouest de la chapelle, profondément remaniée. On y distingue, avec quelque effort d'imagination, une fenêtre en plein-cintre, dont l'arc mouluré est un des rares témoignages de l'ornementation d'origine. Les parements extérieurs actuels, résolument modernes, masquent toute trace de l'élévation initiale, créant une superposition de strates stylistiques sans réelle cohérence. À l'intérieur, des vestiges de chapiteaux à palmettes et d'arcs ornés de dents de scie, désormais inaccessibles au public, rappellent la délicatesse d'un décor perdu. Cette chapelle, inscrite monument historique en 1987 et réhabilitée en 1997 au sein d'une résidence pour personnes âgées, illustre le destin souvent ingrat des édifices utilitaires. Sa présence, désormais enchâssée dans un environnement moderne, est un rappel discret et presque effacé d'une architecture d'exclusion, dont la pertinence résidait moins dans sa forme que dans sa fonction.