Place du Docteur-Félix-Lobligeois, Paris 17e
L'église Sainte-Marie des Batignolles se présente comme un spécimen intéressant de l'architecture néoclassique parisienne, moins par son audace formelle que par sa généalogie pragmatique et ses compromis successifs. Son aspect actuel, évoquant un temple grec avec son fronton triangulaire soutenu par quatre colonnes, confère à sa façade une certaine austérité académique, presque un pastiche didactique des modèles antiques. Cette volumétrie, d'ailleurs, se distingue par l'absence notable d'un clocher traditionnel, élément pourtant quasi-canonial dans l'architecture religieuse française, remplacé par un modeste campanile érigé en 1857 pour abriter l'unique cloche, Etiennette – une discrète concession à la fonction campanulaire, après que des projets plus ambitieux de doubles clochers furent, semble-t-il, abandonnés au profit d'une sobriété contrainte. L'histoire de l'édifice est celle d'une adaptation continue aux exigences d'une démographie galopante. Initialement, une simple chapelle de bois vit le jour entre 1826 et 1829 sous la direction de Jacques Molinos, grâce aux subsides de Charles X et de la duchesse d'Angoulême. La paroisse, dédicacée à la Vierge, reflétait d'ailleurs le souhait de cette dernière, écartant ainsi une légende plus poétique évoquant la découverte d'une statuette lors des fondations. La croissance rapide du quartier des Batignolles-Monceau, érigé en commune en 1830, imposa plusieurs agrandissements, notamment celui de 1839 par Paul-Eugène Lequeux – architecte par ailleurs chargé de l'hôtel de ville de l'arrondissement – qui ajouta latéralement deux chapelles, donnant à l'ensemble sa configuration actuelle. Cette succession d'interventions révèle une architecture de nécessité, façonnée par l'urgence et les moyens disponibles, loin des grands desseins unitaires. Au-delà de son rôle cultuel, l'église témoigne d'une certaine perméabilité aux évolutions sociales. En 1871, durant la Commune de Paris, ses murs abritèrent des assemblées de femmes revendiquant l'égalité, conférant à ce lieu sacré une inattendue vocation de forum politique. Plus récemment, sa singularité discrète lui a valu une inscription aux Monuments Historiques en 1975, et l'a même portée à la postérité littéraire en jouant un rôle central dans « La Légende du saint buveur » de Joseph Roth. L'orgue, datant de 1923, avec ses restaurations et ses actuels besoins de réparation, souligne la vie continue de ce lieu, à la fois monument et organisme vivant, perpétuellement en quête de souffle.