
3 rue Peyrolières, Toulouse
L'Hôtel d'Olmières, modeste par sa façade rue Peyrolières, illustre parfaitement cette aspiration toulousaine des riches propriétaires du début du XVIe siècle à concilier une discrète opulence et l'affirmation de leur statut. L'édifice, érigé pour la famille éponyme, déploie ainsi ses richesses non pas frontalement sur la voie publique, mais à l'intérieur de sa cour, selon un dessein architectural caractéristique de l'époque. Il offre un intéressant mélange, presque une superposition stylistique, où des réminiscences gothiques s'entremêlent avec les prémices de la Renaissance locale. La tour orthogonale, point culminant de l'hôtel, autrefois coiffée d'une terrasse et de mâchicoulis aveugles, témoignait de la puissance de ses commanditaires. L'histoire de ce monument n'est pas sans péripéties. Il aurait pu disparaître en 1544, victime d'un ambitieux projet d'urbanisme lié à la construction du Pont-Neuf et au percement d'une artère nouvelle. Mais un heureux, ou malheureux selon le point de vue, décalage dans l'implantation de la première pile par l'architecte Nicolas Bachelier, entraînant une modification du tracé du pont, a finalement épargné l'hôtel. Un caprice du destin, ou plutôt une erreur de calcul, qui lui a permis de traverser les siècles. Au fil des décennies, l'hôtel changea de mains, passant des Olmières aux Garrache, puis aux Balanguier. C'est sous l'égide de Jean de Balanguier que la tour, initialement défensive d'apparence, fut probablement agrémentée d'un étage de mirandes, ces galeries ouvertes, témoignant d'une évolution des usages et des goûts vers un raffinement plus résidentiel. Le XVIIIe siècle marqua de nouvelles transformations, redessinant notamment les ouvertures et la porte d'entrée de la tour, modernisant l'esthétique sans effacer totalement les strates antérieures. L'accès à l'hôtel se fait par une porte cochère dont l'arc en plein cintre, habilement appareillé de brique et de pierre alternées, est couronné d'une corniche à modillons. Les bouteroues, ces dés de pierre protégeant les jambages, sont ici tournées à la manière de courges, un motif amusant et distinctif du début du XVIe siècle toulousain. Le passage voûté qui lui succède ouvre sur une cour où les élévations affichent une homogénéité remarquable, conservant l'esprit du début du XVIe siècle malgré des remaniements de fenêtres au XVIIIe. Quelques accoudoirs, rares témoins, rappellent l'époque gothique. Au fond de cette cour, se dresse la tour d'escalier octogonale, véritable manifeste de cette hybridation stylistique. Sa porte, bien que refaite au XVIIIe siècle, respecte la disposition des montants taillés en biais, prolongeant ainsi l'élan de la vis de pierre de 83 marches qui s'enroule à l'intérieur. Les fenêtres y sont surmontées d'accolades finement ciselées, se terminant en choux-frisés, tandis que les modillons sont enrichis de têtes et d'animaux fantastiques, autant de détails sculptés qui, loin de la grandiloquence, invitent à une observation attentive. L'ensemble, inscrit partiellement aux monuments historiques en 1946, demeure un témoignage éloquent des évolutions architecturales et sociales d'une ville qui a su préserver son caractère au-delà des modes.