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Hôtel Felzins

Hôtel Felzins

22 rue de la Dalbade, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel de Molinier, dont la dénomination fluctuante reflète les fortunes successives – Felzins ou Cathelan – s'impose sur la rue de la Dalbade comme un exemple caractéristique de la Renaissance toulousaine, bien que son histoire soit celle d'une adaptation constante. Construit pour Gaspard Molinier au milieu du XVIe siècle, cet hôtel particulier dévoile l'ambition d'une élite parlementaire par un geste architectural d'une opulence certaine : son portail maniériste. Daté de 1556 et parfois attribué à Nicolas Bachelier, il est une véritable prouesse ornementale. Deux paires de colonnes corinthiennes jumelées encadrent une composition où foisonnent un bestiaire fantastique et des reliefs complexes, le tout rehaussé par une polychromie recherchée de pierre et d'incrustations de marbre. Ce luxe ostentatoire, rare en façade pour l'époque, rappelle que le marbre des Pyrénées, bien que coûteux, était accessible, affirmant ainsi la puissance du commanditaire. Ironiquement, sa largeur modeste n'aurait jamais permis le passage aisé d'un carrosse, trahissant peut-être une priorité accordée à l'image plutôt qu'à la pure fonctionnalité. L'intérieur, en revanche, fut l'objet de remaniements considérables au XIXe siècle, sous l'égide de Raymond Dufau de Felzins. La structure originelle, organisée autour d'une cour et d'un jardin, s'est transformée en une succession de trois cours, chaque époque y imprimant sa marque. Si la première cour, étroite, conserve quelques vestiges comme des arceaux surmontés de cabochons de marbre, rappelant la finesse des ornements du portail, l'ensemble témoigne d'une évolution constante. La seconde cour, autrefois jardin, abrite des corps de bâtiment du XVIIe au XIXe siècle, et préserve une cheminée monumentale de style Henri II, dont le bas-relief représente Hercule Gallicus, figure emblématique de la force et de la sagesse. Ce monument de la rue de la Dalbade, classé en 1889, est donc moins une œuvre figée qu'un organisme vivant, ayant traversé les siècles en épousant les goûts et les besoins de ses occupants successifs, un édifice où le faste maniériste initial dialogue sans cesse avec les transformations ultérieures, offrant ainsi une lecture complexe de l'histoire architecturale toulousaine.