4 rue de la Pierre-Levée, Paris 11e
L'édifice qui abrita jadis la Faïencerie Loebnitz, sis au nord-ouest du 11e arrondissement, témoigne d'une époque où l'industrie s'ornait volontiers d'une esthétique bourgeoise, voire institutionnelle. L'architecte Paul Sédille, figure notoire pour les Magasins du Printemps, y déploie ici, en 1884, une autre facette de son talent. Ce bâtiment hybride, fonctionnel par essence, devait concilier la rudesse des ateliers avec la dignité des logements ouvriers, une juxtaposition pragmatique mais non exempte d'une certaine tension architecturale, révélatrice des idéaux sociaux de l'époque qui voyaient dans l'intégration du logis à l'outil de production une forme d'organisation harmonieuse. La façade, point focal de cette construction, offre une lecture intéressante de la hiérarchie des arts et de la récupération intelligente. Trois panneaux de céramique, œuvres d'Émile Lévy et de son élève Lazar Meyer, y sont ostensiblement apposés. Leur provenance n'est pas anodine : ils ornaient initialement la porte du pavillon des Beaux-arts de l'Exposition Universelle de 1878. Ce réemploi d'éléments d'apparat, issus d'une manifestation éphémère célébrant le progrès et l'art national, confère à la façade une patine historique inattendue pour une manufacture. Il s'agit là, sans doute, d'une décision pragmatique face au coût élevé de la commande artistique, mais également d'une affirmation culturelle : l'industrie des faïences, par ce geste, s'ancrait dans la lignée des arts majeurs. Le quatrième panneau, dédié à la céramique elle-même et œuvre du céramiste Loebnitz, vient parachever cette dialectique, revendiquant pour l'art du feu une place légitime au sein de l'architecture. L'organisation interne de l'édifice est révélatrice d'une rationalité industrielle : d'un côté, les ateliers, dont la charpente métallique, aujourd'hui classée monument historique, suggère des portées amples et une luminosité propice au travail ; de l'autre, les habitations, sans doute plus austères, mais intégrées à l'ensemble, créant une forme d'autarcie sociale. Ce mariage de la fonction et de la forme, de la production et de la vie quotidienne, caractérise une certaine pensée architecturale de la fin du XIXe siècle, où l'ingénierie se pare parfois des atours de l'art, même si les impératifs financiers n'étaient jamais très loin. La manufacture Loebnitz, après avoir connu son apogée avec une médaille d'or à l'Exposition de 1878 – une ironie du sort, étant donné l'origine de ses panneaux décoratifs – finira par clore ses portes en 1935. Les fours subsistant en sous-sol sont les ultimes vestiges de cette activité fervente. L'inscription des façades, toitures et de cette charpente métallique en 2002 au titre des monuments historiques atteste d'une reconnaissance tardive mais méritée de cette architecture industrielle, longtemps reléguée au second plan des préoccupations patrimoniales. Elle offre un aperçu éloquent des ambitions stylistiques que l'on pouvait accorder à l'outil de production, même si l'éclat des céramiques est aujourd'hui plus un écho lointain qu'un cri vibrant.