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Couvent des Carmes

Couvent des Carmes

1 rue des Tanneurs 12 quai du Pont-Neuf, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice conventuel des Carmes de Tours offre un cas d'étude particulièrement éloquent des aléas architecturaux et de la précarité patrimoniale face aux impératifs urbains successifs. De son installation tardive, vraisemblablement au XIIIe siècle, à sa quasi-dislocation complète au XXe, l'histoire de ce couvent est celle d'une présence fugace et d'une résilience contrariée. Les premières Carmélites s'établissent près de la Loire, édifiant une chapelle Notre-Dame de Pitié et des corps de bâtiments vers 1323, avant la construction de l'ensemble claustral et de l'église, tels qu'ils perdurèrent jusqu'à leur destruction, vers 1470. Il s'agissait alors d'un complexe dont l'agrandissement vers le nord au XVIIe siècle témoigne d'une période de prospérité et d'une adaptation aux usages liturgiques et résidentiels de l'ordre. L'architecture de ces édifices, à en juger par les rares descriptions et les fragments subsistants, tel le corps oriental aux trois arcades murées et l'aile septentrionale du XVIIe siècle, relevait d'une esthétique pragmatique, évoluant avec les siècles, entre l'héritage médiéval et les apports de la première modernité classique. La Révolution, prévisiblement, marque un tournant brutal. Vendu comme bien national en 1791, le couvent est largement démantelé par la municipalité de Tours, une opération de table rase visant à remodeler la voirie et à lotir les terrains. Le cloître, cœur spirituel et architectural du complexe, est sacrifié sans hésitation. Seule l'église, par une pirouette du destin, échappe à l'anéantissement total, bien que sa vocation première soit dévoyée pour devenir une simple grange. Elle est restituée au culte en 1824 sous le vocable de Saint-Saturnin, un exemple typique de désacralisation temporaire suivie d'une réaffectation, témoignant d'une certaine versatilité fonctionnelle de l'architecture religieuse. L'incendie de 1940 ajoute une couche de destruction, anéantissant la chapelle restante. Puis vient l'ultime chapitre en 1968 : les vestiges, pourtant inscrits aux monuments historiques depuis 1946, cèdent la place au site des Tanneurs de l'université de Tours. Les derniers pans de murs, les deux corps de bâtiment perpendiculaires jadis liés par un troisième, sont méthodiquement effacés du paysage urbain, ne laissant que des chapiteaux décorés du XVe siècle, pieusement conservés par la Société archéologique de Touraine, comme de modestes reliques d'une entité disparue. Le destin de ce couvent illustre non seulement la fragilité intrinsèque de l'architecture face aux vents de l'histoire, mais aussi la rapidité avec laquelle les fonctions d'un lieu peuvent être réécrites, de la prière monastique à la construction universitaire, en passant par le simple entrepôt agricole. Un cheminement des plus communs pour ces établissements conventuels qui ont jalonné nos villes.