129, 131 rue Saint-Dominique, Paris 7e
La Fontaine de Mars, connue initialement sous le nom plus prosaïque de Fontaine du Gros-Caillou, s'inscrit dans cette lignée d'édifices publics qui, sous le Consulat et l'Empire, visaient à concilier une utilité indiscutable – l'approvisionnement en eau – avec une certaine solennité architecturale. Œuvre de l'ingénieur François-Jean Bralle, érigée entre 1806 et 1808, elle témoigne d'une époque où la salubrité publique commençait à être perçue comme une prérogative étatique, quitte à en habiller la fonction d'un drapé antique. Le choix de Bralle, plutôt qu'un architecte de renom, souligne d'ailleurs cette orientation pragmatique de l'administration impériale. Son esthétique s'ancre résolument dans le néo-classicisme alors en vogue. L'édifice, un massif de base carrée, est scandé de colonnes engagées et moulurées, le tout couronné d'un modeste toit en portique. Les pilastres d'ordre dorique, d'une sobriété attendue, contribuent à cette impression de dignité contenue. L'intérêt principal réside dans les bas-reliefs de Pierre-Nicolas Beauvallet, élève d'Augustin Pajou. Sur la face principale, orientée vers la rue, figurent Mars, dieu de la guerre, et Hygie, déesse de la Santé. Cette iconographie, si peu conventionnelle pour une fontaine, prend tout son sens à la lumière de sa localisation historique : face à l'hôpital militaire du Gros-Caillou. C'est là une allégorie littérale, presque didactique, dont l'ingénuité masque mal l'impératif de glorifier à la fois la puissance militaire et le soin de ses hommes. Les trois autres faces se contentent de vases décoratifs, une option plus conforme à la fonction, mais d'une imagination plus limitée. L'eau, dont la provenance était initialement liée à la pompe à feu du Gros-Caillou – un détail technique qui enracine la fontaine dans l'ingénierie hydraulique de l'époque –, s'échappe par trois mascarons de bronze. Il est assez singulier de noter que ces derniers sont « les mêmes » que ceux de la Fontaine des Quatre-Saisons de la rue de Grenelle, œuvre majeure de Bouchardon. Ce recyclage, loin d'être anodin, témoigne soit d'une économie de moyens, soit d'une volonté de maintenir une continuité stylistique, voire d'une certaine paresse créative, en puisant dans un répertoire éprouvé. Seul l'un de ces visages grimaçants continue de prodiguer son modeste filet d'eau aujourd'hui, offrant une image assez juste de la déperdition des gloires passées. L'environnement de la fontaine a évolué, la placette à arcades qui l'entoure ayant été construite en 1859, modifiant son rapport à l'espace public sans pour autant lui conférer une monumentalité accrue. Un détail curieux, un repère de crue au pied de l'édifice, signale le niveau atteint par la Seine en 1910. Cette marque, anodine en apparence, ancre la fontaine dans une autre temporalité, celle des aléas naturels, contrastant avec la permanence que l'architecture classique prétendait incarner. Inscrite au titre des monuments historiques en 1926, la Fontaine de Mars est, en somme, un témoin discret mais éloquent des préoccupations sanitaires et esthétiques d'un régime impérial, un monument d'une utilité manifeste, habillé avec une dignité néo-classique, sans excès d'éclat ni d'originalité déroutante, mais non sans une certaine gravité fonctionnelle.