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Hôtel de Sourdéac

Hôtel de Sourdéac

8 rue Garancière, Paris 6e

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel de Sourdéac, sis au 8 rue Garancière, présente une de ces physionomies parisiennes où l'ambition de l'apparat le dispute parfois à l'ordonnance la plus rigoureuse. Érigé en 1646 pour René de Rieux, évêque-comte de Léon, ce monument témoigne d'une époque où la parure extérieure, au-delà de la pureté des lignes, devait « en imposer ». Le chroniqueur Jean-Aimar Piganiol de La Force, en 1745, ne manqua pas de souligner cette particularité, notant qu'il possédait « plus d'apparence que de régularité », une observation d'une justesse mordante, dénonçant un certain art de la façade pour la façade. L'attribution de sa conception à un mystérieux "Robelini" ou "Bobelini", que les gravures de Jean Marot rectifient en Adam Robelin, n'est pas sans intérêt. Il révèle une tendance de l'époque à magnifier l'architecte, ou du moins à en forger une figure, quitte à franciser un nom à consonance italienne pour conférer un prestige supposé, alors que le travail était celui d'un maître maçon français et de son frère Jacques, figures d'un art plus pragmatique qu'illustre. Les pilastres colossaux, certes communs dans les années 1640, se distinguent ici par des chapiteaux ornés de têtes de bélier, détail dont l'originalité confine presque à une certaine rudesse, s'écartant des canons plus raffinés qui s'affirmaient alors. La dialectique entre le plein et le vide, typique de l'hôtel particulier parisien structuré autour d'une cour d'honneur, s'exprime ici avec une certaine puissance, conférant à l'ensemble une solennité qui, pour Piganiol, pouvait impressionner « ceux qui ne se connoissent point en belle architecture ». L'édifice a connu une succession de propriétaires illustres, des Rieux aux du Gué, témoignant de la circulation des biens au sein de l'aristocratie et de la bourgeoisie enrichie. Il fut, en 1717, le théâtre d'une première représentation publique pour la jeune Adrienne Lecouvreur, alors âgée de 27 ans, dans sa cour. Un épisode qui, au-delà de la petite histoire, souligne comment ces demeures privées devenaient parfois des scènes culturelles improvisées, avant que le théâtre ne se professionnalise davantage. Confisqué à la Révolution, il traversa le XIXe siècle en abritant la mairie de l'ancien 11e arrondissement, puis la prestigieuse maison d'édition Plon sous Henri Plon, imprimeur de Napoléon III. Ces reconversions successives attestent de la robustesse de sa construction et de son adaptabilité, lui permettant de transcender les modes architecturales et les critiques initiales pour s'inscrire durablement dans le tissu urbain parisien, finalement inscrit aux monuments historiques en 1928, consacrant ainsi, tardivement mais sûrement, son intérêt patrimonial.