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Temple des Chartrons

Temple des Chartrons

Rue Notre-Dame, Bordeaux

L'Envolée de l'Architecte

L'édification du Temple des Chartrons à Bordeaux, achevée en 1835, ne fut pas un acte simple, mais l'aboutissement d'une persévérance singulière, dans un contexte où l'affirmation architecturale protestante demeurait un défi. Pendant des décennies, le culte se tint dans un chai, une modestie fonctionnelle qui soulignait l'incertitude de la période post-Révolutionnaire, malgré l'édit de tolérance de 1787. Les projets antérieurs, tels ceux de Louis Combes ou la proposition palladienne d'Eugène Cabillet en 1817, furent soit abandonnés, soit jugés trop onéreux, révélant les contraintes financières et politiques pesant sur la communauté réformée. Ce n'est qu'avec une mobilisation de fonds, où la communauté protestante contribua pour un tiers et l'État ainsi que la Ville de Bordeaux pour le reste, que le plan d'Armand Corcelles, dessiné en 1831, put enfin prendre forme. Corcelles, architecte versatile ayant également signé les plans de la première synagogue bordelaise, opta pour un style néoclassique épuré, convenant à la fois aux canons esthétiques de l'époque et à la sobriété théologique du protestantisme. Le choix de l'emplacement, un terrain exigu hérité du parcellaire en lanières des anciens chais des Chartrons, imposa des adaptations. La façade occidentale est animée par un portique central, composé de quatre colonnes ioniques, supportant un fronton sobre. Son unique ornement, un bas-relief discret d'une Bible ouverte sur des nuages, souligne une spiritualité centrée sur l'Écriture, loin de l'opulence décorative des édifices catholiques. Le parvis, jadis délimité par un muret à bossages et une grille de fer forgé, offrait une transition ordonnée vers l'enceinte sacrée. À l'intérieur, l'espace se déploie en une nef unique d'environ trente-cinq mètres, couverte d'une voûte lambrissée en plein cintre et conclue à l'est par une abside en cul-de-four. Cette disposition, sans collatéraux, dirige l'attention vers la chaire, œuvre de Lamarque aîné, cœur de la prédication réformée. Au revers de la façade, une tribune élégante, portée par quatre colonnes corinthiennes, accueillait l'orgue de Gaston Maille, installé vers 1886. La construction s'appuya sur la pierre de Bourg, un calcaire à astéries réputé pour sa fermeté, caractéristique des ouvrages bordelais, tandis que les assises supérieures privilégiaient la pierre de Langoiran, plus légère et poreuse. L'impulsion initiale pour l'édification du temple fut grandement due au pasteur Antoine Vermeil, figure majeure du mouvement du Réveil. Cependant, après plus d'un siècle et demi d'activité cultuelle, l'édifice fut désaffecté dans les années 1970, cédé à la Ville de Bordeaux alors que le quartier des Chartrons amorçait sa métamorphose, notamment avec le développement de la Cité mondiale du Vin. Classé monument historique en 1975, il connut une période de relative latence, servant d'entrepôt pour des collections muséales, avant de retrouver une nouvelle vitalité en 2019, en accueillant des expositions culturelles. Une destinée qui illustre la capacité des monuments historiques à se réinventer, au-delà de leur fonction première.